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"Si le sport français véhicule souvent à l’étranger l’image d’une France multiethnique, composite, riche de ses différences, la fameuse France «black-blanc-beur», pourquoi n’en est-il toujours pas de même pour ce que nous appelons la culture française ?
Il y a quelques mois,
Time Magazine faisait sa couverture sur "la mort de la culture française". Seule note d’espoir, en même temps que de déception, à la fin de ce dossier à charge : pourquoi n’exportons-nous pas à l’étranger cette France des banlieues, aux origines les plus variées, dont les expressions culturelles enrichiraient avec bonheur l’image classique d’une culture française un peu trop hexagonale ? Donald Morrisson, le journaliste de l’hebdomadaire américain, est explicite : de l’affirmation forte de cette diversité dépend principalement le renouveau culturel de la France sur la scène internationale.
Il existe, ne nous le cachons pas, un décalage croissant entre la réalité sociale et culturelle d’un territoire, celui d’un ancien empire colonial, aux vagues d’immigration successives, celui d’un pays qui se veut largement ouvert aux cultures et aux influences étrangères,et "l’image" projetée à l’étranger de cette culture. Le paradoxe est devenu criant entre un pays qui ne cesse d’être aux avant-postes intellectuels et diplomatiques du combat pour le dialogue des cultures, à qui l’on doit largement la signature à l’Unesco en 2005 de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, et le peu d’empressement que nous avons à placer plus au centre de notre image des cultures encore prises pour "périphériques" par nos élites et nos décideurs. Si la France parle beaucoup moins au et du monde qu’autrefois, si sa langue perd cruellement du terrain, si l’universalité de ses valeurs ne masque plus une certaine arrogance à quoi répond l’indifférence croissante des autres peuples, ne faut-il pas trouver un début d’explication dans cette projection déformée, dans ce déni, à peine inconscient, d’une histoire et d’une géographie qui conduit pourtant inévitablement au métissage, valeur aujourd’hui largement partagée dans le concert des nations ?
Il n’est pourtant plus besoin de démontrer l’inventivité en France des cultures dites urbaines, le succès, un peu partout, du hip-hop, du graff, du rap, du slam. Qu’il s’agisse de la danse, des arts plastiques, des musiques, de la littérature ou du cinéma, nombreuses sont les productions qui parlent des cités, des banlieues, des quartiers, qui sont le fait de créateurs issus de ces territoires, qui parlent de ces mondes d’origine, l’Europe du Sud, l’Afrique sub-saharienne, le Maghreb, l’Amérique des Caraïbes ou latine, l’Asie… Et qui portent en elles un langage souvent universel, facilement communicable, généreux, riche de valeurs, de solidarité et de partage, dont les universités du monde entier, les publics en général,attendent que nous les revendiquions comme faisant partie intégrante de notre identité.
Dans ce domaine, comme dans d’autres, rapportés à notre identité, nous avons pris un sacré retard. Nos banlieues sont pourtant d’exceptionnels territoires de mixités sociales et culturelles. Des formes artistiques spécifiques s’y sont développées, dont la qualité est reconnue et qui ont le mérite de parler largement au monde. Les quartiers, bien plus que nombre d’officines intellectuelles, sont en France les véritables laboratoires de la diversité culturelle. Il y a évidemment tout à gagner à tenter le pari de la diversité, à l’intérieur, mais aussi aujourd’hui à l’extérieur de notre territoire."
Olivier Poivre d'Arvor, Directeur de Culturesfrance