Afrique en Créations

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Bamako, septième !

 
   
   
   
   
   





  

Samuel Sidibé, directeur du Musée national du Mali à Bamako et Commissaire associé des Rencontres, suit la manifestation depuis ses débuts. Entretien.

Quel rôle jouent les Rencontres dans le dynamisme de la photographie en Afrique ?
Deux phénomènes sont nés de la Biennale. Le premier, c’est la reconnaissance de la photographie africaine en Afrique et sur le plan international. Les expositions voyagent à travers le monde et contribuent à donner de l’Afrique une image différente de celle qu’on a aujourd’hui. Le second, c’est que les photographes africains ont commencé à penser leur travail comme un art et plus simplement comme un moyen de saisir la vie quotidienne. En revanche, la Biennale n’a pas encore contribué à ce que le public africain regarde la photographie différemment. Les Rencontres restent pour l’essentiel un événement professionnel et n’ont pas encore véritablement rencontré leur public sur un plan local. En général, les Africains voient la photographie comme un moyen de conserver le souvenir d’événements de leur vie, mais pas encore comme un art.

Qu’inventez-vous pour changer cela ?
Les organisateurs du Cinéma Numérique Ambulant vont, par exemple, demander à des photographes de prendre le public qui assiste aux projections. Le public lui-même se prendra en photo et  les œuvres seront montrées dans les quartiers. Cela permettra une relation directe et ce sera sans doute, cette année, un événement marquant de la Biennale.

Comment avez-vous vu évoluer la manifestation ?
Les Biennales ont démarré dans une optique professionnelle et  puis, très rapidement, on s’est rendu compte que les artistes étaient très médiatisés, des visiteurs venaient de l’étranger, mais les salles restaient vides. La préoccupation a alors été de faire en sorte que le public local s’approprie l’événement ou du moins se sente concerné. Beaucoup d’efforts ont été faits pour que la Biennale devienne un véritable événement populaire. Nous n’y sommes pas encore totalement arrivé, mais c’est notre préoccupation permanente. Le public africain est habitué aux spectacles vivants, mais va rarement voir une exposition. Il faut trouver des moyens originaux de l’intéresser. Cette année, hors Biennale, il y a eu l’expérience d’exposer des photographies liées à la vie quotidienne sur de grandes bâches dans la rue. Il faut réfléchir à ce type d’événements.

Les "Nouvelles Images" participent de cette démarche ?
C’est la première fois que la Biennale présente des vidéos. Si ça fonctionne, on élargira cet événement, même si cela pose des problèmes techniques et que nous manquons d’espaces de projection.

Pourquoi le thème "Dans la ville et au-delà" ?
L’idée était de demander aux photographes de travailler sur l’évolution de la ville africaine dans sa relation à la périphérie, voire à la campagne, en termes de mode de vie et pas seulement d’urbanisation. C’est aussi un thème porteur pour le public local. La Biennale donnera une vue historique de la photographie africaine avec des artistes de renom bien installés dans la mémoire collective africaine comme Samuel Fosso, Seth Maksim et Serge Jongue et des jeunes talents.

Quel est l’avenir de la Biennale ?
C’est un événement qui compte et qu’il faut continuer à soutenir malgré ses contraintes et ses difficultés de mise en oeuvre. Il nous faut définir ensemble les moyens pour produire cet événement dans de meilleures conditions, notamment en termes de coordination entre la France et l’Afrique.


Propos recueillis par Laure Naimski