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Pays-Bas : Melik Ohanian à l'affiche

du 9 septembre 2006 au 5 novembre 2006

 
   
   





 

A l'occasion de l'exposition monographique consacrée à Melik Ohanian dans le centre d'art contemporain De Appel, plusieurs institutions de la capitale ont souhaité exposer le travail de l’artiste dans leurs locaux : le film en sept parties "Seven Minutes Before" (2004) et le projet "Peripherical Communities" sont montrés respectivement à la galerie DeïsKa et au centre culturel Imagine IC, tandis qu’ "Invisible Film" (2005), inspiré de Punishment Park (1971) du cinéaste britannique Peter Watkins sera projeté au Filmmuseum.

Votre première monographie aux Pays-Bas est accueillie dans plusieurs lieux. Comment cet événement s’est-il organisé ?

Ann Demeester, récemment nommée directrice à De Appel, souhaitait faire sa première exposition dans cette institution avec une rétrospective de mon travail depuis 1996. Elle voulait présenter "Seven Minutes Before" par exemple, qui avait déjà été mise en jeu à Sao Polo avec le soutien de l’AFAA. C’est une pièce très lourde qui pouvait à elle seule absorber tout le budget de l’exposition. Grâce au  soutien de Thomas Michelon, attaché culturel aux Pays-Bas, nous avons pu mettre en place un partenariat avec DeïsKa et Imagine IC. La galerie nomade DeïsKa, actuellement installée dans une ancienne Banque, est un espace qui nous permet de projeter le film sur sept écrans disposés sur vingt-deux mètres de large.

Cette pièce est le fruit d’une expérience incroyable dans le Vercors. Pour ce projet, nous étions soixante-dix-sept personnes disséminées sur deux kilomètres dans la montagne, sans que personne ne se rencontre avant l’instant unique et programmé de l’explosion d’un camion. A l’issue de trois semaines de répétition, nous avons donc réalisé une seule prise filmée avec sept caméras. L’expérience était exceptionnelle et c’est ce rapport à la performance que l’on oublie au cinéma de nos jours. Dans cette proposition, il faut parvenir à traverser l’image et à retrouver la réalité qui s’est jouée. Dans mon travail il n’y a pas de narration et tout n’est pas donné d’emblée. Mes pièces sont comme des réceptacles. Ce ne sont pas des choses qui émettraient de façon unilatérale. Si le spectateur ne leur parle pas, elles n’émettent pas.
 

Lorsque l’on regarde votre parcours, on est tenté de vous définir comme un "nomade apatride et polyglotte". Vos propositions abordent d’ailleurs de façon récurrente les notions de territoires et d’identités.

J’ai fait sept expositions en France et soixante-quinze à l’étranger. En tant qu’Arménien, j’ai grandi avec l’idée que j’avais une culture mais pas de territoire. L’expérience que l’on mène à Amsterdam avec "Peripherical Communities", est consacrée à ces questions. J’avais déjà réalisé cette pièce dans les banlieues de Paris pour l’ouverture du Palais de Tokyo en 2002 et nous en sommes à la quatrième version : Séoul (2003), Dakar (2005), Amsterdam et Londres à partir du 15 novembre à la South London Gallery dans le cadre de "Paris Calling".

Pour ce projet, j’ai mis en place un dispositif de montage et de diffusion cinématographique pour faire le portrait de slammers des quartiers périphériques urbains. Au final, tous les spectateurs regardent une même image mais personne n’entend la même chose dans les casques reliés à l’écran ; donc… quelle est la réalité du film ? La version  hollandaise de cette pièce me permet d’aller plus loin car elle a été produite par des gens du quartier qui se sont auto-filmés au mois de septembre. Grâce à l’enthousiasme des acteurs de De Appel qui avaient envie que cette liaison entre leur espace et ce lieu périphérique existe, cette pièce restera dans son quartier. Elle sera diffusée à Imagine IC et ne viendra pas au musée. Je suis heureux d’avoir fait de cette pièce un outil pour évoquer ce rapport à la représentation. La représentation qui demeure là où elle est née. Je ne souhaite pas limiter les pièces à l’espace d’exposition : c’est une envie de tisser, d’être politique. La seule chose qui viendra au musée, c’est la réalité des gens du quartier qui participeront à une grosse slamm session le soir de la clôture de l’exposition.

Propos recueillis par Marina Damestoy