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Un Centre de création contemporaine sur l'Ile Seguin

 


 



Annoncé au cours de la Fiac 2005 par Dominique de Villepin, l’aménagement de larges espaces dédiés à la culture sur l’Ile Seguin prend forme progressivement sur le papier et dans les esprits. Le projet du Centre européen de création contemporaine, placé sous l’autorité conjointe du ministère de la Culture et de la Communication, du Conseil général des Hauts-de-Seine et de la Ville de Boulogne-Billancourt, devrait ainsi déboucher sur un concours d’architectes en 2008. Le dossier a été confié à Daniel Janicot, Conseiller d’État, président de l’association de préfiguration mise en place à cet effet.

Daniel Janicot
1982-86 : Délégué général de l’Union des arts décoratifs
1990-99 : Sous-directeur général de l’Unesco
Depuis 1996 : Président du centre d’art contemporain de Grenoble, le « Magasin »
Depuis 2005: Président de l’association de préfiguration du Centre européen de création contemporaine

« Deux axes majeurs définissent le projet du centre qui sera édifié sur l’Ile Seguin : l’ambition, à savoir le caractère européen, et le domaine, celui de la création contemporaine. Le premier aspect marque la singularité de la proposition. Le centre va être pensé et s’élaborer dans un contexte européen, avec des acteurs européens. On peut même imaginer une co-gestion européenne. Il ne s’agit pas, ici, de procéder par élimination : les confrontations avec le monde anglo-saxon ou d’autres scènes émergentes – je pense à l’Asie et à l’Amérique latine – existeront, bien entendu. Mais nous voulons donner sens à l’expression artistique européenne et par voie de conséquence, en son sein, à la création française.

S’agissant du domaine, je dois préciser que « création contemporaine » ne signifie pas uniquement « art contemporain ». Le propos est plus vaste et vise bien à l’interdisciplinarité. Il s’agit de retrouver l’esprit du Bauhaus à la lumière d’expériences nouvelles comme le Black Moutain College ou, dans le domaine de la recherche, de ce que fait le NKZ à Düsseldorf. Certes, l’art contemporain sera l’une des colonnes centrales de la programmation, mais le site accueillera des disciplines différentes.

Impliquer le milieu de l’art

L’objectif n’est pas d’impulser une démarche de type technocratique mais bien d’associer les différents acteurs au processus d’élaboration du projet-programme.  J’envisage d’organiser assez rapidement une consultation des différents utilisateurs possibles du futur Centre qui se répartissent tout au long de la chaîne –  très bien décrite par Nathalie Heinich – qui relie la création à la diffusion en passant par la médiation : d’abord les artistes et créateurs eux-mêmes, mais aussi les institutionnels publics ou privés, de la recherche, les collectionneurs, les acteurs du marché de l’art, commissaires indépendants, organisateurs d’événements consacrés à l’art contemporain (biennales, Dokumenta, foires de Bâle, de Freeze), mais encore les galeries, les marchands, les experts… Nous disposons également d’une presse spécialisée qui peut apporter beaucoup. Un tel processus participatif sera très pragmatique. Pour telle ou telle fonction, de quels bâtiments avons-nous besoin ? De quels dispositifs techniques ? Quel accueil, quelles informations… ?

Mettre en question le « bâtiment universel »

Du point de vue architectural, il me semble que nous avons souffert de ces grands vaisseaux spectaculaires à l’intérieur desquels les fonctionnalités étaient – pas toujours mais souvent – mal prises en compte. Je me place dans une perspective un peu différente, celle d’une nouvelle génération d’institutions culturelles qui privilégie des bâtiments-outils, davantage spécialisés, plus souples et susceptibles d’accompagner les changements qui ne vont pas manquer d’intervenir dans les champs de la création. J’ai en tête des références comme le Schaulager de Bâle ou encore l’espace Vitra de Weil am Rhein ou bien Insel Hombroich près de Düsseldorf...

L’économie du projet

La logique des financements publics atteint ses limites et les institutions culturelles et artistiques sont à la croisée des chemins. Nous allons donc initier une réflexion sur le futur modèle économique du Centre. D’emblée, il me semble intéressant d’associer dès le départ un bureau d’optimisation des choix financiers, d’une part, et des choix architecturaux, d’autre part. Le futur Centre devrait trouver son équilibre d’exploitation dès l’origine et disposer de budgets opérationnels à la hauteur de ses ambitions. Sa vocation européenne devrait lui permettre une approche renouvelée de son financement.

Les créateurs et les publics

Il s’agit bien de la finalité ultime de ce projet dont le succès dépendra de notre capacité à coupler ces deux « narcissismes » – pour reprendre la belle expression de Daniel Sibony. Je suis très attentif aux réflexions que développe Bernard Lahire sur la culture des individus et sur le métissage des pratiques culturelles. Nous sommes loin du Manifeste d’Avignon et des premières approches quantitatives de la fréquentation... Nous allons être très vigilants – avec l’aide des élus locaux notamment – par rapport aux questions de territoires qui est le seul paradigme qui s’impose aujourd’hui. L’enjeu est de conduire un projet « glocal », c’est-à-dire à la fois global et local… »


Le projet du Centre européen de création contemporaine est placé sous l’autorité conjointe du ministère de la Culture et de la Communication, du Conseil général des Hauts-de-Seine et de la Ville de Boulogne-Billancourt

 

Télécharger le plan de l'Ile Seguin