Les événements Les événements
Retour à la liste

The Moveable Feast*

 
   
   
   





 

* La fête mobile



Par Jérôme Poggi

 


« Paris est une fête », serait-on tenté d’écrire à la manière d’Hemingway pour témoigner de l’éclat que semble retrouver la scène artistique française en cette rentrée particulièrement effervescente. Encore faudrait-il reprendre le titre original de la chronique des années 30 de l’auteur américain, The Moveable Feast, tant cette fête est aujourd’hui nomade, se jouant aussi bien hors de nos frontières. Déjà en début d’année, les expositions du Palais de Tokyo (Notre histoire) et du Grand Palais (La force de l’art) avaient témoigné d’un nouveau regard, assumé et décomplexé, porté par l’institution française sur la jeune création hexagonale. Cette attention et cette curiosité se manifestent de plus en plus à l’étranger notamment en Angleterre ou en Allemagne qui, chacun à leur façon en cette automne 2006, organisent une saison française baptisée dans un cas « Paris Calling » et dans l’autre « Art France Berlin ».


La saison berlinoise s’est élaborée en comptant sur l’importante communauté artistique française vivant et travaillant dans la capitale allemande. À côté d’événements institutionnels d’envergure comme l’exposition de peinture réunissant 79 artistes français au Martin Gropius Bau (« Malerei » organisée par Laurent Lebon, MNAM), plusieurs artistes liés à Berlin ont ouvert les portes de leur atelier ou exposent dans des structures artistiques berlinoises. C’est le cas de Valérie Favre à Haus am Waldsee, d’Adel Abdessemed qui montre son impressionnant Habibi dans la St Johannes-Evangelist-Kirche ou encore des collectionneurs Jean et Cristina Mairet qui, se partageant entre Paris et Berlin, se sont associés à la saison française en présentant quatre artistes de leur collection (Corpet, Freess, Barbier et Kai-Yuen).


À Londres, la saison française a pris un tour plus ambitieux et novateur. Initiée très en amont par les services de l’Ambassade et l’actif engagement d’un couple de collectionneurs français établis à Londres, Isabelle et Jean-Conrad Lemaître, la manifestation se distingue par sa méthode que d’aucuns jugent « visionnaire », comme l’écrit l’architecte Richard Rogers, Honorary patron de « Paris Calling ». Elle est surtout d’une évidence et d’un bon-sens absolus : plutôt qu’imposer un point de vue franco-français, l’idée a été d’inviter des commissaires et responsables anglais à se rendre en France pour y découvrir sa scène artistique et de leur proposer ensuite de s’associer à « Paris Calling » comme bon leur semblait.Résultat : une vingtaine de lieux publics ou privés présentent simultanément des expositions d’artistes aussi divers que Pierre Klossowsky, Jean-Marc Bustamante, Bertrand Lavier, Daniel Buren, Pierre Huyghe, Zineb Sebira, Melik Ohanian, etc, ou encore les M/M, Martin Szekely, parfaitement intégrées dans leur propre programmation, qui renvoient une image de la scène française inattendue et loin des conventions.


Londres et Berlin vivent donc à l’heure française pendant quelques semaines. Mais qu’on ne s’y trompe pas. D’autres observateurs avisés pourraient considérer de leur point de vue que Londres vit à l’heure américaine par exemple, en visitant la très médiatique et massive exposition « USA Today » que Charles Saatchi présente à la Royal Academy ou la subversive exposition de la Serpentine intitulée « Uncertain State of America ». Les Berlinois pourraient croire la même chose en sortant de la vaste exposition rétrospective de Gonzales-Torres qui se tient dans la Hambuger Banhoff, à quelques mètres de l’installation de Claude Lévêque. Paris est une fête, oui, à nouveau. Mais Londres, Berlin, New York le sont aussi. C’est une fête globale et mondialisée qui fait aujourd’hui danser le milieu de l’art. Et on peut se réjouir de voir Paris rentrer enfin dans la danse après quelques années passées sur le banc.

 


www.artfranceberlin.de

www.pariscalling.org.uk



Visuel : Gérard Fromanger