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Nouvelle parution : « Michel Butor »

 


 
Michel Butor est né en 1926. Formé dans le milieu littéraire parisien, il quitte la capitale dès les années 1950 pour endosser un rôle de professeur itinérant à travers le monde et poursuivre en nomade sa carrière d’écrivain.
Son livre, La Modification, en fait l’un des auteurs les plus renommés du « nouveau roman » - genre romanesque qu’il abandonne dès 1960. Dès lors, paraîtront sous sa signature des récits de voyages tout à fait originaux, de la poésie née de la fréquentation des artistes, ainsi que des essais de critique littéraire et artistique. Auteur de plus de mille titres, explorateur infatigable, Michel Butor donne l’impression de vouloir décrire la totalité du monde.

Au moment où Michel Butor fête ses quatre-vingts ans, un livre et une exposition sur affiches qui lui sont consacrés, paraissent aux éditions de CULTURESFRANCE.
Entretien

Vous fêtez vos quatre-vingts ans cette année. À cette occasion de nombreux colloques et publications vous sont consacrés. Comment vivez-vous cette célébration ?
D’abord dans la surprise, car je ne m’attendais pas à parvenir à cet âge. Mais j’espère bien que les choses vont continuer quelque temps encore. Ensuite dans l’émotion, car je reçois des témoignages d’amis inconnus ou perdus de vue depuis longtemps.

Selon vous, qu’est-ce qu’être écrivain ? Et quel est ce monde dont vous essayez de saisir la totalité dans votre œuvre ?
Être écrivain, c’est toujours se demander si on l’est vraiment. On écrit ce qu’on peut, comme on peut, en espérant trouver des lecteurs, ce qui finit par arriver. Quant à l’image du monde dans mon oeuvre, il s’agit d’un monde que je ne pourrai évidemment jamais décrire en totalité, dont je n’ai et ne puis avoir qu’une connaissance fragmentaire.

On vous sait en marge avec les systèmes universitaires français et les milieux littéraires parisiens : comment avez-vous acquis cette indépendance ?
En m’appuyant sur des systèmes universitaires et des milieux littéraires étrangers. Cela n’a pas été facile.

Grand voyageur des lettres et du monde , vous affirmez : « Pour moi écrire, c’est voyager et voyager, c’est écrire ». Pouvez-vous nous en dire plus sur cette relation ?
Mes voyages ont beaucoup nourri mon écriture, et continuent. Dans mon texte je refais ou projette un voyage. Il faut dire que je n’écris pour ainsi dire pas pendant le voyage, je suis trop sollicité par l’instant. Pour écrire j’ai besoin d’un séjour qui me fournisse une sorte de fond neutre. Un tel séjour peut être fort loin de la France. Je voyage pour écrire, et le trajet est comme un grand idéogramme que je trace sur la page de la Terre.

Quelle place, selon vous, occupe la littérature française à l’étranger ?
Toutes les littératures ont quelque chose de singulier à dire, sinon elles ne dureraient pas. La place de la littérature française à l’étranger a certainement diminué au cours des cinquante dernières années. Cela tient sans doute à l’hégémonie actuelle de l’anglais. C’est à nous de défendre et d’illustrer notre propre langue. Cela sans doute ne peut se faire qu’en défendant aussi les autres.

Le rêve semble être devenu aujourd’hui votre occupation favorite d’écrivain. Notre société a-t-elle besoin de rêver davantage ?
C’est mon occupation favorite la nuit. Le jour il s’agit d’expliciter par un travail ce qui se cache et se révèle ainsi. Notre société projette ses rêves dans le spectacle et ce qu’on appelle les « média ». Si on étudie ceux-ci on voit à quel point ils sont peu satisfaisants. Nous avons donc besoin de rendre nos rêves beaucoup plus efficaces. Il faut non seulement qu’ils comblent certains manques de notre société (le Club Méditerranée apportant son contrepoids à la vie de bureau), mais qu’ils deviennent suffisamment précis pour la transformer.


Questionnaire de Proust

« Questionnaire dit de Proust parce qu’on se souvient des réponses qu’il lui avait données. J’y ai moi-même répondu depuis fort longtemps, et sans doute plusieurs fois. Je ne sais plus ce que j’avais dit alors. Si on le retrouve, on pourra constater continuité ou évolution » (Michel Butor).

Le principal trait de mon caractère ? La douceur.
La qualité que je désire chez un homme ? L’honnêteté.
La qualité que je désire chez une femme ? L’honnêteté.
Ce que j’apprécie le plus chez mes amis ? L’honnêteté.
Mon principal défaut ? La paresse.
Mon occupation préférée ? Marcher.
Mon rêve de bonheur ? Devenir arrière-grand-père.
Quel serait mon plus grand malheur ? Perdre ma femme.
Ce que je voudrais être ? Un autre.
Le pays où je désirerais vivre ? Les autres.
La couleur que je préfère ? Le bleu.
La fleur que j’aime ? La rose ou l’orchidée.
L’oiseau que je préfère ? Le butor.
Mes auteurs favoris en prose ? Rabelais, Diderot, Balzac.
Mes poètes préférés ? La Fontaine, Rimbaud.
Mes héros dans la fiction ? Le capitaine Nemo.
Mes héroïnes favorites dans la fiction ? Peau d’Âne.
Mes compositeurs préférés ? Bach, Mozart, Schubert.
Mes peintres favoris ? Titien, Rembrandt, Goya.
Mes héros dans la vie réelle ? Les écrivains.
Ce que je déteste par-dessus tout ? Le mensonge.
Le don de la nature que je voudrais avoir ? La mémoire.
Comment j’aimerais mourir ? Sans m’en apercevoir.
État présent de mon esprit ? Le souci du lendemain.
Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence ? Celles qui viennent de la curiosité.
Ma devise ? Laisser dire.


                                    Michel Butor


Ouvrage
Michel Butor
par Marie Minssieux-Chamonard
[CULTURESFRANCE-ÉDITIONS, coll. « Auteur », novembre 2006, 122 p., ill., 20 €, ISBN : 2-914935-70-6]

Exposition sur affiches
Michel Butor
par Marie Minssieux-Chamonard
[CULTURESFRANCE-ÉDITIONS, novembre 2006, 17 affiches 90 x 60 cm, 400 €, ISBN : 2-353120-12-1]


Visuel: Michel Butor © Jacques Sassier/Gallimard