du 1 novembre 2006 au 30 novembre 2006
Un article de Laurent VédrineLa 3e édition de la manifestation photographique s’ouvre avec « Mutations I », premier volet d’une exposition manifeste et itinérante qui consacre le succès du réseau international piloté par la Maison européenne de la photographie (MEP). Du 1er au 30 novembre, les galeries, centres culturels et musées parisiens accueillent 65 autres expositions sur le thème imposé de « la page imprimée ». Jean-Luc Monterosso, commissaire général de la manifestation et de « Mutations I », nous livre ses impressions sur son travail et sur une édition qui se veut un coup de chapeau à l’histoire commune du papier et de l’image depuis un siècle.« Mutations I », l’exposition présentée à la MEP, a été conçue par les sept festivals fédérés au sein du Mois européen (Paris, Berlin, Vienne depuis 2004, Bratislava, Moscou et Rome en 2005, Luxembourg cette année), pour promouvoir la mobilité et la reconnaissance de jeunes plasticiens européens. « Quand on doit inventer en commun, on se rend compte à quel point il est difficile de travailler avec les autres pays et cette expérience sera fondamentale pour la suite, car elle a créé des habitudes de travail », dit Jean-Luc Monterosso, visiblement satisfait d’avoir surmonté des épreuves fondatrices pour la manifestation, alors même que l’Union européenne n’a pas renouvelé sa subvention – jugeant que l’afflux du public (500 000 entrées en 2005) et le mécénat privé permettent désormais au projet de s’affranchir.
La sélection des artistes confronte des travaux axés sur une volonté de subvertir la réalité, tantôt grâce aux nouvelles technologies tantôt à l’aide de dispositifs et de mises en scène. Parmi elles, Jean-Luc Monterosso parle spontanément du collectif russe AES + F, « des gens qui créent des scènes pour questionner l’impossibilité de photographier la guerre », et du Français Philippe Ramette, « un artiste qui se situe entre autoportrait et performance, dont les images génèrent un doute sur leur mode de fabrication ». Radioscopie de la création contemporaine en Europe, « Mutations I » présente aussi l’approche fictionnelle de l’Histoire de l’Italienne Eva Frappicini, les territoires cinématographiques des Luxembourgeoises Elisabeth et Carine Krecké, la vidéographe autrichienne Nina Dick, les travaux publicitaires du Slovaque Marek Kvetan et les visions urbaines de l’Allemande Beat Gütschow.
Un nouvel « âge d’or »Pour assurer la sélection de l’ensemble du Mois de la Photo à Paris, le commissaire général a retenu trois délégués. L’historienne Anne de Mondenard a conçu le volet « Histoires de photographies, histoires de publications », un ensemble témoin de l’évolution des supports techniques, qui présente notamment l’histoire du magazine VU. Gabriel Bauret, photographe, journaliste et commissaire indépendant, s’est penché sur le « Désir du livre », avec pour envie de rendre hommage aux créateurs, photographes et éditeurs, qui continuent mordicus à entretenir une relation privilégiée avec les livres d’art et de photographie, à contre-courant des cimaises des musées. Peter Knapp a voulu, lui, amener le public à la découverte du rôle des professionnels de l’image et de la presse : graphistes, iconographes et directeurs artistiques, « métiers de l’ombre » qui ont énormément contribué au statut actuel de la photographie dans l’art, tout en imaginant les mises en page et les unes qui ont fait la réputation internationale de journaux tels que Vogue, Harper’s Bazaar, Elle ou Sunday Times entre 1930 et 1980. Un « âge d’or » de la presse et de la photographie, aujourd’hui révolu, selon Peter Knapp.
L’âge d’or d’aujourd’hui est numérique, et le succès du Mois de la Photo 2006 reposera certainement sur la curiosité des innombrables photographes amateurs pour ces époques où la photographie était encore aux mains de quelques spécialistes passionnés. Sans nostalgie et sans la figer avant l’heure dans le patrimoine, la manifestation parisienne rend hommage à l’histoire intime de la photographie et de ses amants.
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Sophie Robnard