Théâtre

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La Comédie-Française fait son show à New-York

du 10 juillet 2007 au 16 juillet 2007

 


 


Événement à New York : la Comédie-Française s’empare du 10 au 16 juillet du Lincoln Center Festival pour y interpréter Les Fables de La Fontaine, avec une mise en scène de Bob Wilson. Entretien avec Muriel Mayette, Administrateur général de la Comédie-Française.

À quand remonte la dernière tournée de la Comédie Française à New York ?

A l'été 2004, nous avons joué Le Malade imaginaire de Molière dans la mise en scène de Claude Stratz à New York et Chicago. J'ai eu la chance de faire partie de cette tournée nord américaine. C'est un très beau souvenir pour mes camarades et moi-même.
Au cours des dix dernières années, notre troupe est venue neuf fois aux Etats-Unis dont quatre fois à New York. Les relations entre la Comédie-Française et cette grande ville américaine n'ont jamais été aussi intenses dans l'histoire de nos tournées. Après la Brooklyn Academy of Music, nous allons jouer pour la première fois au Lincoln Center. On ne peut rêver meilleurs endroits pour l'accueil de spectacles théâtraux à New York.

Pourquoi avoir choisi ce spectacle plutôt qu'un autre ?

La Comédie-Française a été fondée en 1680 par Louis XIV au siècle de Molière, Racine, Corneille et... La Fontaine. Il est normal que le poète trouve sa place dans notre répertoire et soit interprété par la troupe même si cette oeuvre n'est pas une pièce de théâtre. L'idée a été de proposer au grand ornemaniste qu'est Bob Wilson, à cet artiste du "silence", de nous donner sa vision de ces fables, de projeter son vocabulaire des couleurs et des formes sur la métrique de cette écriture classique. Ce spectacle est aussi une occasion pour la troupe de se confronter à un autre style de jeu, d'interprétation qui est plus proche de la pantomime que du théâtre parlé, qui vient d'une autre tradition de la scène que celle qui s'est formée sur la représentation des grandes dramaturgies classiques.

Est-ce le texte de La Fontaine, ou est-ce une adaptation complète et "libre" ?

La première tradition à la Comédie-Française, c'est de jouer notre répertoire dans le respect du texte original. Ces dix-neuf fables retenues par Bob Wilson sont données dans l'intégralité et la riche complexité de la langue de La Fontaine. Le metteur en scène propose une adaptation imagée et sonore de ces fables animalières mais dans le respect premier de leur texte. Comme Gustave Doré, Granville, Oudry ou Benjamin Rabier, Bob  Wilson est un illustrateur de La Fontaine pour son époque.

En quoi Les Fables de La Fontaine dans la mise en scène de Bob Wilson sont-elles particulièrement représentatives de la création théâtrale contemporaine ?

Parce que l'art de Wilson est un art de la synthèse visuelle. Il est un des grands enlumineurs de notre temps. En ce sens ces spectacles parlent à tous, au-delà des frontières de la langue et des règles du théâtre. Paradoxalement, son théâtre peut se passer des mots et pourtant il donne à entendre tout ce que nous dit le poète. Grâce à ce spectacle, Il n'est pas nécessaire de parler la langue de La Fontaine pour comprendre la morale et le sens de ses fables. Les dix-neuf chapitres de ce spectacle se feuillettent comme  livre d'images.

Le public new-yorkais connaît les mises en scène de Wilson, mais est-il pour autant familiarisé avec Les Fables ?

Ce spectacle parle à ses contemporains. Il y a un du fantastique, du magique, de l'illusion dans ces "Fables" vues par Bob Wilson mais rien d'étranger à notre monde, à nos valeurs. Un enfant de Paris, New York ou Pékin appréciera de la même façon - sans nécessairement comprendre le sens des mots qui sont dits - les histoires de tous ces animaux curieusement humains et universels. Le corbeau, la fourmi, le coq, le renard, le lion... n'ont pas de nationalité. Ils appartiennent à toute la planète et vivent aux côtés ou dans l'imaginaire de chacun de ses habitants. Ils nous représentent tous et nous renvoient une image universelle.

L'adaptation de Wilson va-t-elle vous permettre d'échapper au reproche traditionnel qu'on adresse au théâtre français, à savoir qu'on y parle trop et qu'on n'y joue pas assez ?

On joue d'abord et toujours à la Comédie-Française. La troupe joue dans tous les styles, toutes les interprétations, les grands textes français et étrangers, sous la direction de metteurs en scène venus de toutes parts. Des Américains comme Bob Wilson, des Européens, des Africains, des Asiatiques.... La tradition de la Comédie-Française est de ne pas en avoir et de remettre chaque soir en question le pourquoi du théâtre et les enjeux de la représentation à travers toutes les formes du théâtre. L’artisanat de tous les comédiens de cette troupe est au service des esthétiques différentes qu’ils rencontrent, des auteurs, des créateurs.

Le public américain connaît-il les classiques français ?

Molière est connu par un large public. Les autres auteurs le sont un peu moins, mais les universitaires américains font un remarquable travail sur la littérature française, sur l'histoire de notre théâtre et sont de formidables passeurs de nos textes et créations d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique. Nous sommes heureux de leur faire découvrir La Fontaine dans la mise en scène d'un grand artiste texan plus connu par le public européen que par ses compatriotes américains.

Entretenez-vous des relations particulières avec le public new-yorkais ?

Comme je vous l’ai dit, c'est la première fois que nous jouerons dans le cadre du festival d'été du Lincoln Center. J'espère que ce sont les débuts d'une longue et fructueuse collaboration. À nous de ne pas les décevoir avec nos "Fables" pour revenir une autre fois avec un autre projet artistique.


Propos recueillis par Laure Gravier

Photo : Les Fables de La Fontaine de Bob Wilson © Cosimo Mirco Magliocca