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Entretien avec Venance Konan

 


 

Il y a un an, Venance Konan démissionnait de Fraternité Matin, le quotidien gouvernemental ivoirien, pour divergence d’opinion avec le régime en place. Aujourd’hui, il réunit dans Nègreries (Frat-Mat Editions, 2007) douze années de chroniques publiées dans ce journal et s’apprête à faire paraître un nouveau roman.


En quoi l’écriture vous aide t-elle à résister à la situation difficile que vit en ce moment la Côte d’Ivoire ?

Elle m’aide à guérir mes angoisses. Quand je pense à la situation de mon pays, c’est mon seul exutoire. C’est le cri d’angoisse et de colère que je pousse. Ça me permet de me défouler, de rester en vie et lucide. Si je n’écrivais pas, je pense que je serais devenu fou en regardant ce qui se passe dans mon pays. Pour moi, l’écriture est aussi une manière de combattre la dictature actuelle en Côte d’Ivoire. C’est une littérature de combat. Mon prochain roman traitera de la guerre que nous vivons. Je la raconte à ma manière. Je la tourne en dérision, je caricature. Ça s’appellera Le camarade président et le fauteuil du vieil homme. Ça résume bien la problématique du pouvoir en Afrique.

Vivez-vous toujours en Côte d’Ivoire ?

Oui et ça n’est pas facile. En novembre dernier, on a voulu m’arrêter. J’ai reçu une convocation pour offense au chef de l’Etat et incitation à la révolte. J’ai dû me sauver au Sénégal. J’ai protesté. RFI m’a interviewé. Tous les journaux de la Côte d’Ivoire se sont emparés de l’affaire. Il y a eu un comité de soutien. Ça m’a permis de rentrer en Côte d’Ivoire et de ne pas être arrêté. Pour le moment, je suis en liberté. Je ne sais pas si c’est provisoire ou non. Je n’ai pas répondu à cette convocation et je n’ai pas l’intention d’y répondre. Ce n’est pas impossible qu’un jour, on m’attrape et qu’on me jette en taule. Mais, je vis là-bas et je n’ai pas l’intention de m’exiler.

Comment votre famille fait-elle face à la situation ?

Ce qui m’a rendu vraiment heureux, c’est quand ma femme m’a dit : "Je te soutiens à 100%". C’est la meilleure chose qu’on puisse espérer. Ce n’est pas facile, je l’avoue. Mais je me dis qu’il vaut mieux que je me batte pour ne pas laisser ce pays se détruire. C’est surtout pour mes enfants, ma fille de 8 ans et mon fils de 17 ans, que j’ai un peu peur. C’est pour eux que je me bats. J’ai eu la chance de vivre dans une Côte d’Ivoire tolérante, généreuse et qui offrait des opportunités à ses enfants. Il n’y a pas de raison pour que mes enfants ne puissent pas bénéficier de ça et s’y épanouir aussi, même si j’ai bien peur que le pire soit devant nous.


Propos recueillis par Laure Naimski