
Nigérian d’origine, Newton Aduaka est le grand vainqueur de la vingtième édition du Fespaco qui s’est déroulée à Ouagadougou en mars dernier, avec son film Ezra. Entretien.
Que ressentez-vous après avoir remporté le grand prix du Fespaco ?
Pour moi, c’est un encouragement à poursuivre dans la direction que j’ai choisie. Un prix est toujours bienvenu dans cette industrie du cinéma où les réalisateurs passent des années à penser et à préparer un projet, à se battre pour qu’il existe. Ce prix est un grand honneur fait aux acteurs, à l’équipe et aux producteurs qui ont tant donné pour que le film puisse se faire. Mais il faut aussi remettre les choses à leur place et ne pas s’emballer. Ce prix est la décision d’un jury de six personnes. Quoi qu’il en soit, toute l’équipe du film est très fière.
L’année 2007 commence bien pour vous. Vous avez participé au festival du film de Sundance, vous remportez l’"Étalon d’or de Yennenga"… Cela va-t-il vous aider à montrer votre film dans d’autres festivals, dans d’autres pays et à élargir votre public ?
Cela fait vingt ans que je fais du cinéma et je sais que rien n’est jamais acquis. Parfois, mais ça n’est pas le cas la plupart du temps, les récompenses et les festivals attirent l’attention et élargissent l’audience. Ils aident, mais les distributeurs et les propriétaires des salles de cinéma, qui ont le dernier mot, sont des hommes d’affaires. Ils sont parfois effrayés par des films qui traitent d’un sujet politique. J’ai vu Ezra à Salt Lake City et à Ouagadougou avec deux publics différents, presque à l’opposé l’un de l’autre sur un plan sociologique, culturel et politique. Pourtant ces deux publics se sentaient concernés par le film. Il y a un public, c’est certain, et mon souhait le plus grand est que ce film puisse être vu à travers le monde.
La plupart des acteurs qui jouent dans Ezra sont des débutants. Pourquoi avoir fait ce choix ? Est-ce cette part de "risque" que vous évoquez à propos du film ?
J’ai choisi Mariame N’Diaye pour le rôle de Onitcha sans l’avoir auditionnée. Mamoudu Turay Kamara qui joue Ezra est un jeune homme que j’ai aperçu alors que nous traversions en voiture un quartier de Freetown. Il a d’abord refusé d’auditionner pour le film. Il n’était pas intéressé. Mamoudu n’avait jamais joué auparavant, mais il avait ce petit quelque chose. Mamusu Kallon qui joue Mariam m’a écrit une lettre très émouvante. Elle avait le bon look, elle jouait juste. Elle n’avait pas vraiment joué non plus avant ce film. J’avais refusé de lui donner le rôle jusqu’à ce que je la vois. Le personnage de Rufus avait été écrit pour Émile Abosolo Mbo, un acteur chevronné et admirable pour lequel j’ai un grand respect. Je suppose que tous ces acteurs m’ont immédiatement ému. Au final, j’avais un casting panafricain. J’ai senti que c’était judicieux pour un film qui traite d’un sujet qui nous concerne tous. Nous avons organisé des auditions en Sierra Léone, en Angleterre, en Ouganda, au Rwanda, en France. Richard Gant qui joue le juge vient des États-Unis. Nous avons passé trois semaines d’intenses répétitions le matin et l’après-midi. Ils étaient dans la forêt à apprendre le déploiement de troupes, à démonter et remonter des AK 47. C’était dur, mais les acteurs étaient généreux et passionnés.
Quels sont vos projets ?
J’ai écrit mon prochain film en même temps que Ezra. C’est une adaptation du livre Waiting for an angel d’un brillant jeune auteur nigérian, Helon Habila.L’action se situe au Nigeria au milieu des années 80 sous la dictature militaire de Sani Abacha.C’est l’occasion de revisiter cette turbulente période postcoloniale de l’histoire du Nigeria, précisément parce que c’est la raison pour laquelle j’ai quitté mon pays à ce moment-là. C’était la période des émeutes étudiantes, d’une existence précaire, de la peur, mais c’était aussi un moment intense de vie et d’amour, de joie et de tristesse.