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Entretien avec Jérôme Sans

 


 

La marche en avant de Jérôme Sans se poursuit depuis le début d’année à Pékin où il a pris la direction de l’Ullens Center for Contemporary Art (UCCA), créé par le couple de collectionneurs belges Guy et Myriam Ullens. L’UCCA est la première institution privée aujourd’hui en Chine, situé dans le fameux 798 art district, le Chelsea de Pékin. Entretien.


D’où part cette nouvelle aventure en Chine ?

La Chine est une histoire qui commence pour moi à la fin des années 80 avec la rencontre d’un certain nombre d’artistes et de critiques chinois : Chen Zhen, Wang Du, Yan Pei Ming, Huang Yong Ping, Cai Guo Giang, Hou Hanru, Fei Dawei… que j’ai suivis et avec lesquels j’ai développé dans le temps des projets. C’est d’abord une histoire de rencontres exceptionnelles avec des personnes qui ont changé ma perspective sur le monde.

Ce n’est finalement que récemment que j’ai rencontré Myriam et Guy Ullens. Ils cherchaient une personne pour diriger l’UCCA qui venait d’ouvrir et moi, après le Palais de Tokyo et Baltic en Angleterre, j’étais enthousiaste à l’idée de commencer une nouvelle aventure sur un territoire en pleine effervescence qui m’attirait. Ils m’ont nommé à la direction du centre le 1er mars dernier pour le restructurer, le positionner et le développer à un niveau international. Mon but est de créer un lieu unique en son genre, d’apporter à la scène chinoise mon expérience, et d’aider une nouvelle génération d’artistes, de curateurs et de critiques à émerger. Je pars pour trois ans, cinq ans maximum.


Parlez-nous du centre lui-même, du contexte.

L’UCCA se situe dans le quartier de Dashanzi, autrefois zone industrielle et devenue au nord-est une ville dédiée à l’art contemporain dans la ville de Pékin. Les artistes et les galeries se sont installés progressivement dans les friches. L’essor extraordinaire de ce quartier voué à la destruction était difficile à imaginer il y a encore quelques années. Il compte aujourd’hui plus de deux cents galeries privées. L’UCCA a pour ambition d’être un acteur majeur du développement de la scène artistique chinoise actuelle, une chambre d’écho des différentes énergies de la création chinoise dans une perspective globale afin de créer un dialogue ouvert entre ces deux mondes.


Entre Paris et Pékin, il y a eu Newcastle et le Baltic Center for Contemporary Art. Comment avez-vous géré l’après-Palais de Tokyo ?

La fin de notre mandat au Palais de Tokyo était déjà programmée au moment où Nicolas Bourriaud et moi-même avons créé ce lieu. Nous avions envie de mettre en place un nouveau modèle de mandat de direction en France qui permette enfin à d’autres de réinventer l’existant. Je n’ai jamais pensé ou cherché à gérer un après. J’ai continué à développer mon activité de directeur artistique, de commissaire d’expositions, d’auteur, de conseil… Le projet du Baltic Center for Contemporary Art de Newcastle s’est présenté. Le chalenge m’intéressait car il s’agissait d’un des plus gros centres d’art en Europe, mais qui n’avait pas encore de positionnement particulier. L’UCCA représente un nouveau chapitre où les règles sont également à inventer de A à Z.


Ce recul vous amène à avoir quel type de regard sur l’art contemporain en France ?

La France ne devrait pas rougir de sa situation. C’est certainement son point faible.


Voyez-vous arriver des jeunes gens prometteurs ?

Depuis quelque temps, on voit poindre toute une nouvelle génération d’artistes qui connaît déjà un intérêt à l’étranger. De Kader Attia à Fabien Verschaere, Cyprien Gaillard, Olivier Babin, Bruno Peinado, Loris Greault, Shen Yuan, Saâdane Afif…


Ou en êtes-vous de vos projets musicaux avec votre groupe Liquid Architecture ?

Nous travaillons sur de nouveaux morceaux dont deux donneront naissance dans les mois à venir à un 45 tours. Depuis le départ, notre projet repose aussi sur l’idée d’inventer une nouvelle forme d’apparition d’un groupe de rock et nous mettons actuellement en place un projet de live.

J’aborde la musique de la même manière que la création contemporaine. J’aime les approches plurielles qui bousculent les limites entre les territoires artistiques. D’ailleurs, j’organise au Palais des beaux-arts de Bruxelles de juin à septembre une exposition intitulée "It’s not only rock’n roll, baby" qui regroupe une vingtaine d’icônes du rock’n roll des années 60 à aujourd’hui qui sont avant tout des artistes plasticiens. Une manière de réécrire l’histoire du rock comme étant une histoire de l’art.


Puis il y a cette autre collaboration originale menée avec la chaîne d’hôtels Le Méridien.

C’est effectivement la première fois qu’une marque globale fait appel à un commissaire d’exposition pour une mission ambitieuse.

Depuis un an et demi, je suis le « cultural curator » de la chaîne d’hôtels américaine Le Méridien du groupe Starwood. Mon rôle n’est pas de décorer les 120 hôtels de la chaîne ni de donner mon opinion sur les œuvres accrochés aux murs de l’ensemble de leurs propriétés, encore moins de leur créer une collection. Un hôtel n’est pas une galerie ni un lieu d’exposition. Mon rôle est d’aider la marque à réinventer son vocabulaire et de mettre en place avec des créateurs (styliste, sommelier, designer, architecte, musicien, artiste…) des expériences culturelles uniques pour les clients de ses hôtels.


Propos recueillis par Francky Blandeau