
Afin de respecter le deuil national prononcé suite à l’assassinat du ministre de l’industrie libanais, l’ouverture du festival Rond-Point Paris-Beyrouth mis en oeuvre par Culturesfrance et le Théâtre du Rond-Point, en collaboration avec la Mission culturelle de l’Ambassade de France au Liban, la Ville de Paris et la Ville de Beyrouth, est reportée au samedi 25 novembre 2006
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A l’initiative de CULTURESFRANCE, le théâtre du Rond-Point se déplace à Beyrouth pour des représentations, rencontres et ateliers du 23 novembre au 3 décembre. Cette opération s'inscrit dans le programme « Théâtre Ville Ouverte » développé par l’agence et dont l'objectif consiste à établir une relation artistique et humaine entre un metteur en scène français et une ville du monde ouverte à l’échange culturel. Pour cette première, Jean-Michel Ribes d’un côté, la capitale libanaise de l’autre.
Les différents acteurs de cette rencontre, français et libanais, n’ont pas reculé devant l’actualité sombre de l’été passé. Jean-Michel Ribes, directeur du Rond-Point, évoque ci-dessous "Rond-Point Paris-Beyrouth / Théâtre Ville Ouverte", un rendez-vous situé à la confluence de la création libre et d’un engagement solidaire.
Propos recueillis par Laure Naimski
Comment est né le projet ?
De l’envie d’emmener le phénomène Rond-Point ailleurs comme identité, comme aventure, comme atypisme. Cette façon que l’on a de sortir des autoroutes figées de la culture, cet endroit d’évasion où l’on saute dans le vide, là où il y a de l’inattendu, où l’on pense autrement, où la création va jusque dans la gestion du théâtre. Un théâtre consacré aux auteurs vivants et devant un public qui, paraît-il, n’existait pas. À Beyrouth, où nous sommes allés pour la première fois en 2005, nous avons rencontré trois personnalités importantes du théâtre, complémentaires, de sensibilités différentes et qui sont dans des positions difficiles parce que le théâtre à Beyrouth – comme partout – doit être réanimé auprès d’une population qui l’a déserté. Après quinze ans de guerre civile, la situation est difficile. Chaque directeur a été sensible au fait qu’au Rond-Point, nous avions réussi à débloquer un système compliqué et à programmer du théâtre consacré exclusivement aux auteurs vivants. Notre souci a été de ne pas arriver en conquérants. Nous voulions emmener des spectacles légers et sensibles, comme autant d’opportunités d’introduire la participation d’auteurs libanais. L’essentiel ne résidait pas dans le fait de présenter uniquement nos spectacles, mais dans la certitude que l’on peut aujourd’hui en France, et donc un peu partout, arriver à inverser la tendance et à intéresser le public avec des auteurs vivants, à susciter la création.
Les événements tragiques de l’été ont-ils, d’une manière ou d’une autre, modifié votre projet ?
Pas vraiment. Il y a eu immédiatement une demande de la part des directeurs de théâtre. Ceux-ci nous ont dit : « Surtout n’annulez pas. C’est un acte de solidarité. Nos maisons sont détruites, il ne faut pas que notre culture le soit. La culture est l’endroit où il n’y a pas de missile, le théâtre un lieu d’harmonie où les communications se font. » Nous sommes allés à Beyrouth fin septembre avec Monsieur le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui a pris ce projet à bras le corps. Il entend le défendre en lui donnant une amplitude qu’il n’avait pas auparavant.
Comment se sont opérés les choix de programmation ?
Nous souhaitions offrir des spectacles à l’image de l’arc-en-ciel qui caractérise la programmation du Rond-Point en les rendant compatibles avec le budget et les possibilités techniques des théâtres libanais. Il y aura aussi une création mondiale : nous ne souhaitons pas leur apporter du « prémâché ». Nous diffuserons des pièces filmées au Rond-Point qui sont éditées en DVD en partenariat avec Arte. C’est très important. Les pièces que l’on ne peut pas emmener, nous les avons quand même dans d’excellentes conditions de retransmission car ce sont des films, pas des captations. Il y aura aussi des débats autour de la modernité avec des gens qui sont des remueurs d’idées comme Philippe Lemoine.
Quelles sont vos impressions de Beyrouth ?
On a dans ce pays, qui vit la guerre au quotidien, une sensation de désir d’être, de désir de vivre, une espèce d’effervescence et de joie. Les gens profitent de l’instant. Bien sûr, il y a des traces de la guerre, mais je n’ai pas senti de protocole compassionnel. Cette énergie-là est probablement manipulée, récupérée. Mais, c’est un pays très attachant, tout comme les gens.