Archéologie

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Simone Weil / Un legs en filigrane
 

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Si l’on ne peut parler en toute rigueur de doctrine weilienne (sa pensée ne formant pas système stricto sensu), si elle n’a pas laissé de disciples (il faut être un maître pour cela), demeure incontestablement un certain style weilien dans la problématisation des questions essentielles, une exigence entre toutes reconnaissable, la présence «ignée» au monde et à Dieu d’un pèlerin de l’absolu.
Si l’on ne peut parler de postérité weilienne en terme d’école, avec ses courants et ses clans, l’influence intellectuelle et spirituelle de Simone Weil est tout à fait considérable. Elle demeure pour un grand nombre de nos contemporains, célèbres ou obscurs, une référence obligée, voire un phare d’une exceptionnelle intensité.
En guise de florilège, retenons parmi ceux qui se reconnaîtront une dette, plus ou moins explicite, à l’endroit de sa pensée des esprits aussi différents que Maurice Schumann, homme politique, les cinéastes Roberto Rossellini (en particulier lors de l’écriture d’Europe 51) ou Henri Georges Clouzot, qui se convertira sur le tard au catholicisme le plus mystique, et que bouleversera la lecture d’Attente de Dieu. Des écrivains, comme Julien Green, Mircea Eliade, Czeslaw Milosz, Albert Camus, Iris Murdoch, Flannery O’Connor, Cristina Campo... Des philosophes, bien entendu, l’ont lue et méditée, tels Jean Guitton, Emmanuel Levinas, Émile Cioran («De la génération Sartre-Bataille, il n’est guère que Simone Weil qui m’intéresse»), René Girard, Michel Serres ou André Comte-Sponville (dont les analyses weiliennes sont toujours pénétrantes, et qui voit en elle «un des rares maîtres spirituels de notre époque»).
Témoin d’un siècle chaotique qu’elle voulut penser, Simone Weil est actuelle, en quelque façon, comme inactuelle, puisque survenant à contretemps, puisque résolument intempestive.
«L’objet de ma recherche n’est pas le surnaturel, mais ce monde. Le surnaturel est la lumière. On ne doit pas oser en faire un objet, ou bien on l’abaisse.» (La Pesanteur et la Grâce)