
Il y a chez Simone Weil une articulation évidente de la théorie
et de la pratique, du savoir spéculatif le plus abstrait et de laction
intramondaine, syndicale ou politique, voire «militaire» dont toutes
ses initiatives témoignent à lenvi. Une praxis, en somme, non problématique,
mais nodale, quen fidèle platonicienne elle sattachera à exhausser.
Ce faisant, elle adoptait la règle de Gilbert Keith Chesterton : toute pensée qui ne devient parole est une mauvaise pensée, toute parole qui ne devient acte est une mauvaise parole, tout acte qui ne devient fruit est une mauvaise action. Les engagements De la fin des années vingt à sa mort, en 1943, Simone, la prédicante, se tiendra toujours aux avant-postes.En 1927, on la trouve dans tel «groupe déducation sociale», avec son frère, dispensant des cours aux ouvriers ; un peu plus tard, dans la mouvance du syndicalisme révolutionnaire ; avant de voyager en Allemagne - à la veille de la prise du pouvoir par Hitler - pour tenter de comprendre in situ les fondements du fascisme ; ou bien encore analysant le marxisme, la dictature du prolétariat, la Révolution russe dans des revues dextrême gauche comme La Critique sociale, Le Cri du peuple ou La Révolution prolétarienne ; à lusine aussi, où elle partagera, comme on le sait, durant plus dun an le malheur du prolétariat industriel ; en Espagne, aux côtés des anarcho-syndicalistes - dans la colonne Durutti -, participant à quelques coups de main sur les bord de lÈbre en Aragon ; à Londres, enfin, où elle rejoint la France libre, avec le souhait que lui soient confiées quelques missions de résistance dangereuses dans la France occupée. Les analyses politiques et sociales
Simone Weil met en évidence, avec une remarquable acuité, la débilité
constitutive des sociétés modernes (les totalitarismes fasciste
et soviétique nen étant que les symptômes), à
savoir que le progrès technique et le développement des forces productives,
nen déplaise à Marx, naboutissent pas nécessairement
à lémancipation des peuples, mais engendrent au contraire
loppression (et pas seulement lexploitation), la domination de lhomme
par lhomme. Léchec du mouvement ouvrier organisé tient pour une grande part à la confiance aveugle dans le pouvoir libérateur de la machine, dans la «puissance» de la technique. «Le mot de révolution est un mot pour lequel on tue, pour lequel on meurt [...], mais qui na aucun contenu.» (Réflexions sur les causes de la liberté et de loppression sociale) | ||||
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