
Il faut imaginer un espace à la mesure de ces contrariétés,
qui fasse sa part aux pics, aux émergences, à ces saillies que lon
dirait en archipel, mais qui, par quelque substratum immergé - un plateau
continental -, se rejoignent dans la continuité dune vision globale et
ample, le contraire exact dun agrégat ou dun syncrétisme. Luniversel
weilien est un universel concret. Les contacts sont dessence : ainsi la pauvreté
quintessentielle, non pas aperçue ou analysée, mais sentie au Portugal
(«Jai eu soudain la certitude que le christianisme est par excellence la
religion des esclaves [...]»), fait-elle signe vers la chapelle où
priait le Poverello, Santa Maria degli Angeli («Quelque chose de plus fort
que moi ma obligée, pour la première fois de ma vie, à me
mettre à genoux [...]»), pour converger géométriquement
et se rejoindre dans la nuit obscure de Solesmes où le Pauvre la prise
(«La Passion du Christ est entrée en moi une fois pour toute [...]»,
Attente de Dieu). Ainsi lOrient, quelle sonde infiniment, nest-il quen
apparence un Levant, car nul Couchant ne peut prétendre en être la
destination spirituelle - lOrient judaïque est par trop historiciste et
centré, il clôt plus quil ne libère ; les Upanishads ou le
tao, Platon ou saint Jean de la Croix, rebondissent dans une temporalité
dilatée qui célèbre les noces de lintelligence et de lamour.
Il faut imaginer une sorte de topologie weilienne qui excéderait toute tectonique des forces dominée par laccroissement des puissances («Tout ce qui est soumis au contact de la force est avili [...]»), une topologie des points faibles, qui composerait latlas des marques théophaniques... Nous aurions alors un espace criblé dimpacts dans lépreuve mondaine - autant dexpériences, de découvertes et de rencontres -, non réductible à ce qui est communément normé sous une telle rubrique, et que les sciences humaines, positives et extérioristes quant à leur méthode, négligent dexplorer. «Il y a une très grande différence entre les géographies matérielles et les géographies spirituelles ; cest que dans les géographies matérielles, les pays se touchent par leurs frontières, tandis que dans les géographies spirituelles, ils se touchent par leurs centres» (Matthew Gregory Lewis, cité par Gustave Thibon). Une cartographie dun genre très spécial, immatérielle, pourrait rendre compte du jeu subtil des emboîtements pluridimensionnels qui composent sa «courbe de vie». | ||||
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