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Voltaire / Voltaire à tous les vents
 

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Le conteur

L'historien

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Le conteur

« Le vieux Bélus, roi de Babylone, se croyait le premier homme de la terre ; car tous ses courtisans le lui disaient et ses historiographes le lui prouvaient. » (La Princesse de Babylone.) À l'image du château de Thunder-Ten-Tronck dans les premières pages de Candide, « le plus beau et le plus agréable des châteaux possibles », le palais de Bélus est des plus magnifiques. Le schéma initial du conte est donc mis en place : dans un lieu en apparence paradisiaque se préparent d'invisibles revers. L'excès ne peut conduire qu'à la dégénérescence et l'orgueil au châtiment. Introduction indispensable au conte philosophique qui montre comment l'homme transforme son paradis en enfer, et le bonheur au sein de sa patrie en une suite de mésaventures dans le vaste monde.

Le conte voltairien joue avec nos rêveries d'enfance, caresse notre goût des fables et des prodiges, des aventures et des passions. Véritable « Sésame ouvre-toi », les premières pages des contes nous introduisent d'emblée dans un univers où tout devient possible : des animaux doués d'intelligence (Le Taureau blanc), des planètes lointaines (Micromégas), ou encore un palais aux proportions démesurées (La Princesse de Babylone). Les descriptions multiplient les invraisemblances au mépris du réalisme le plus élémentaire, et nous entraînent vers des « rivages enchantés ». Le procédé est habile et connu. Il procède d'abord d'un désir de plaire au public : en 1714, Galland traduit les Mille et une nuits, cinq ans plus tard paraît Robinson Crusoé.

Pourtant, dès les premières pages, une fêlure surgit au coeur du rêve. Le conte voltairien ne tarde jamais à démystifier son propre merveilleux. L'exotisme lui-même n'est bien souvent qu'un déguisement. Babylone, c'est Paris, et les derviches sont nos prêtres. Mais Voltaire mise aussi sur la confrontation des expériences et des cultures. Il délègue souvent ses observations à un regard étranger qui autorise l'étonnement critique. Le géant de Micromégas renvoie les terriens à leur petitesse, et nous rappelle que la grandeur d'un homme comme d'une civilisation est d'abord une affaire de proportions, de rapports, de points de vue. Le conte nous apprend ainsi la relativité des moeurs et des coutumes en partant d'une expérience concrète et physique. Les héros voltairiens ont souvent la pureté et la naïveté qui renversent la solide assurance des préjugés. Le regard détaché de Babouc, Candide, Memnon, L'Ingénu, appréhende les contradictions les moins voyantes. Le huron de l'Ingénu se rit du baptème chrétien qu'il juge ridicule, réprimande ses hôtes de leur manque de courtoisie, conteste l'intégrité des juges qui l'envoient en prison. Voltaire a compris quel instrument de critique - comme de propagande - pouvait être le conte. L'imagination la plus folle s'y allie avec la raison, parce que le monde est sage et fou à la fois.