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Voltaire / Un génie face à la société
 

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L'homme de lettres

Le philosophe

Le déiste

 

 

Le déiste

Lorsque Candide, dans le pays d'Eldorado, demande au vieillard si dans son pays il y a une religion, le brave homme « rougit un peu ». Sa réaction vive prouve que l'existence de Dieu est pour lui une évidence. De fait, Voltaire n'a jamais nié la nécessité d'un être supérieur, moins encore celle de la foi. Ne meurt-il pas en « adorant Dieu (...) et en détestant la supersitition » ? En ce sens, Voltaire se fait le disciple d'une idée peu nouvelle au XVIIIe siècle : le déisme. Il va pourtant en être le porte-parole le plus convaincu.

Dès 1730, dans son poème épique La Henriade, il écrit un hymne à la gloire du « géomètre éternel ». Dieu a créé le monde et ce monde est une merveille ; car Dieu est « architecte », « horloger », « pragmatique », autant dire philosophe... Voltaire est séduit par les théories de Locke ou de Newton qui posent Dieu comme un impératif de la raison pour résoudre l'énigme du monde (lettres XIV et XV des Lettres philosophiques). Ce Dieu-là n'a pas de nom particulier : il est un être souverain, adoré sous des formes variant selon les moeurs et les nations. Au chapitre 12 de Zadig, des convives appartenant à des races et à des religions différentes se querellent sur la valeur de leurs croyances respectives : le Celte adore le chêne Teutath, l'Egyptien le boeuf Apis, et le Chaldéen le poisson Oannès. La discussion manque de se terminer dans une tuerie sanglante quand Zadig les réconcilie tous : « Vous êtes tous du même avis, et adorez un Être supérieur. » Ce que dénonce l'allégorie, c'est la sottise des dogmes et des hommes, et non celle de Dieu. Ainsi la religion de Voltaire apparaît plutôt comme une instance morale chargée de rappeler aux hommes « qu'ils sont tous frères » (Traité sur la tolérance).

Les Lumières impliquent un nouveau rapport de l'homme à Dieu contre ceux qui se disent ses interprètes ou ses représentants. Le refus de confondre le spirituel et le temporel doit se traduire par un recul de l'emprise de l'église sur l'état. Mais Voltaire est également hostile à la vision janséniste et tragique de l'homme, telle que l'a exprimée Pascal. A l'homme misérable, dont la condition est prise dans l'abîme du péché originel, Voltaire oppose la vision simple et rassurante d'une créature en quête de son épanouissement. En s'attaquant au « misanthrope sublime » (c'est-à-dire Pascal), l'auteur du Mondain refuse l'angoisse existentielle, valorise l'action de l'homme dans le monde et avec ses semblables ; il légitime également l'amour propre et les passions qui poussent l'homme à faire le bien autant qu'à faire le mal. Le bonheur n'est donc plus dans un au-delà inaccessible mais ici-bas. De même, au Dieu sévère des jansénistes qui ne donne la grâce qu'avec parcimonie, Voltaire oppose la figure idéale d'un Dieu bon et d'une Providence qui peut transformer les misères en bienfaits.

Voltaire a donc mené la lutte sur deux fronts : contre le Dieu incarné du christianisme et ses représentants ; contre l'athéisme de ses amis philosophes, qu'il combat au nom de la raison et dont il craint les conséquences sociales.