L'homme de lettres
Le philosophe
Le déiste
Le philosophe
Voltaire est un philosophe au sens où l'entendait son temps. Un homme de liberté et d'action qui examine les faits sous le contrôle de la raison, et dont l'analyse critique s'étend à tous les domaines de pensée, y compris la religion. Les adversaires des Lumières se définissent par rapport à ce modèle qu'ils récusent. Quand paraît le Dictionnaire philosophique de Voltaire, un Dictionnaire antiphilosophique de l'abbé Chaudon lui répond. Mais pour Voltaire l'esprit philosophique est d'abord un esprit de tolérance et de modération. L'enthousiasme excessif ne peut conduire qu'au fanatisme. « Je ne sais avec quelle fureur le fanatisme s'élève contre la philosophie. Elle a deux filles qu'il voudrait faire périr comme Calas, ce sont la Vérité et la Tolérance : tandis que la philosophie ne veut que désarmer les enfants du fanatisme, le Mensonge et la Persécution. » (Lettre à Damilaville.)
Voltaire n'est pas seulement ce défenseur pacifiste de la liberté de pensée. Sans être un vrai savant, il se tourne résolument vers des recherches positives et valorise autant les sciences et les arts que les enquêtes historiques. En revanche, il récuse volontiers les systèmes et désaprouve les métaphysiciens qui parlent tous à la fois, sans s'entendre, comme dans le dernier chapitre de Micromégas. Le vrai philosophe pour Voltaire est celui qui reconnaît son ignorance (Le Philosophe ignorant est d'ailleurs le titre d'un de ses ouvrages). Allergique aux constructions déduites a priori, Voltaire admire ceux qui apportent des réponses dictées par les résultats de la science expérimentale. Des Lettres philosophiques aux Eléments de la philosophie de Newton, Voltaire a vulgarisé le principe de l'attraction universelle, encensant Newton en qui il voit un héros de la pensée capable de percer les secrets du Créateur. Le philosophe anglais Locke a opéré dans les sciences de l'homme une mutation tout aussi importante. La treizième lettre philosophique vante ainsi les qualités de cette méthode : « Locke a développé à l'homme sa raison humaine comme un excellent anatomiste explique les ressorts du corps humain. Il s'aide parfois du flambeau de la physique ; il ose quelquefois parler affirmativement, mais il ose aussi douter ; au lieu de définir tout d'un coup ce que nous ne connaissons pas, il examine par degrés ce que nous voulons connaître. » Voltaire fut bien, à sa manière, un vulgarisateur. Il excelle à parler de science dans les exposés courts et clairs s'intégrant à la fiction des contes ou au traité didactique. Dans ces conditions, tous les moyens sont justifiés pour agrémenter l'exposé : le recours à des anecdotes savoureuses (on lui doit l'histoire de Newton et de sa pomme dans les Lettres philosophiques), la dramatisation, les métaphores énergiques.
S'il n'est pas un grand philosophe, Voltaire n'a éludé aucune des questions importantes que se posait son siècle. Qu'il s'agisse de réflexion morale, de problèmes de fiscalité ou de théories scientifiques, il donne son avis sur tout. Mais il accepte aussi que certaines questions restent sans réponse : c'est souvent ce qui arrive quand l'homme s'interroge sur son origine, ou discute indéfiniment de l'existence de Dieu...