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Voltaire / l'Œuvre de Voltaire
 

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a lecture contemporaine de Voltaire relève peut-être d'un malentendu. De cet extraordinaire polygraphe, que retient-on aujourd'hui ? Les Contes bien entendu. D'abord et surtout Candide, qui caracole en tête de toutes les éditions et figure au palmarès des oeuvres du Bac. Viennent ensuite quelques morceaux du Traité sur la tolérance, des articles de dictionnaire (le fameux Dictionnaire philosophique), parfois des épigrammes et encore des satires. On continue de le ranger - sans trop savoir pourquoi - parmi les « philosophes » des Lumières, mais on ignore tout ou presque de sa philosophie. Face au grincheux Rousseau, Voltaire est l'homme qui rit. Son ironie légendaire est reconnue comme un label ou une appellation contrôlée, mais elle occulte en même temps la gravité des sujets où elle s'exprime. On se divertit certes, mais on oublie derrière ces jeux de l'esprit les crises qui les ont fait naître.

Si Voltaire revenait sur terre aujourd'hui, quelle ne serait pas sa surprise d'apprendre qu'on ne lit que la plus petite partie de ses oeuvres, et surtout celle à laquelle il attachait le moins d'importance. En héritier respectueux de la tradition classique, Voltaire a réellement bâti sa carrière d'homme de lettres sur les genres littéraires susceptibles de lui assurer la notoriété : la poésie (surtout la poésie épique) et le théâtre (d'abord la tragédie). Mais à côté de cette voie royale, Voltaire emprunte bien souvent des chemins écartés pour répondre à l'actualité ou satisfaire ses mouvements d'humeur. Son oeuvre énorme, envahissante, embrasse ainsi toutes les formes - de la prose au vers, du traité à l'essai -, mais aussi tous les genres, du plus noble au plus futile : « Tous les genres sont bons sauf le genre ennuyeux. »

Dans les rayonnages d'une bibliothèque, la place qu'occupe Voltaire laisse perplexe. Les dix-sept volumes de ses OEuvres complètes (auxquels il faut ajouter vingt volumes de Correspondance) seront bientôt remplacés par les cent cinquante tomes de la savante édition en cours à Oxford ! Devant un tel festin, le lecteur risque l'indigestion. Alors quoi lire, et comment lire ? Pour entrer dans cet écrasant monument littéraire, on peut feuilleter les pages des Mélanges (dans la bibliothèque de la Pléiade, par exemple). On peut aussi fureter dans les morceaux choisis, et retrouver le chemin des anthologies qui sont les seules éditions capables de rendre compte en un nombre limité de pages d'une telle diversité. Cette pratique n'aurait pas indigné Voltaire, lui qui aimait faire court. Comparé aux grandes manoeuvres de l'Encyclopédie, son Dictionnaire philosophique (1764) est une machine de guerre au format d'un livre de poche. Voltaire fait de la philosophie portative, dira-t-on avec quelque mépris. Mais où réside le plaisir de le lire, sinon dans ses passes d'armes étincelantes et dans ses raccourcis lumineux ?