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Voltaire / Les vertus de l'exil (1726-1755)
 

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Le séjour anglais (1726-1728)

Chez madame du Châtelet (1734-1744)

Le séjour prussien (1750-1753)

 

 

Le séjour anglais (1726-1728)

Janvier 1726, chez le duc de Sully. Voltaire parle fort, amuse et brille. Le chevalier de Rohan-Chabot, piètre rejeton d'une illustre famille, l'interpelle d'un ton railleur : « Mons de Voltaire, Mons Arouet, comment vous appelez-vous ? » Voltaire, qui n'a pas la langue dans sa poche, réplique immédiatement : « Je ne suis pas comme ceux qui déshonorent le nom qu'ils ont reçu ; j'immortalise celui que j'ai pris. » Le chevalier lève sa canne puis se ravise et sort. Trois jours plus tard, trois ou quatre gaillards bastonnent Voltaire à tour de bras. Le poète avait cru faire parler le mérite. Mais sous l'Ancien Régime, c'est encore la naissance qui prime, et Voltaire l'apprend à ses dépens. L'homme est pourtant incorrigible, qui ne l'entend pas ainsi et provoque le chevalier en duel. Cette fois c'est trop. On l'arrête et on le conduit à la Bastille. Il en sort au bout de quelques jours avec ordre de s'exiler loin de Paris.

Le 10 mai 1726, Voltaire s'embarque à Calais pour l'Angleterre, où il séjournera jusqu'à l'automne 1728. Rivale de la France depuis toujours, l'Angleterre avait pris une sensible avance en politique, en commerce et en philosophie. L'établissement d'une monarchie constitutionnelle, admettant la tolérance religieuse et une certaine liberté de pensée, permettait aux progrès des Lumières de se développer. Dans cette « île de la Raison », Voltaire fréquente les meilleurs esprits et prend ses notes. Le projet d'écrire des « lettres anglaises » fait son chemin. Mais ce n'est que six ans après son retour en France, en 1734, qu'il publie les Lettres philosophiques. Avec cette oeuvre, la carrière de Voltaire prend un tournant important, et le poète léger s'est désormais mué en philosophe audacieux.