rançois-Marie Arouet naît un dimanche, à Paris, le 21 novembre 1694. Bien des années plus tard, devant ses nièces ébahies, Voltaire se revendiquera bâtard d'un « gentilhomme poète et militaire », M. de Rochebrune, déclarant tout de go que le brave Arouet, notaire de son état, n'est que son père putatif. Le milieu familial du jeune homme est cossu et austère. Seul son parrain, l'abbé de Châteauneuf, est d'un humour irrésistible. Fasciné par la précocité de l'enfant, cet abbé libertin lui fait lire Racine et La Fontaine, mais aussi les « livres interdits » qui circulent dans la capitale. Il lui présentera la fameuse courtisane Ninon de Lenclos, alors âgée de quatre-vingt-huit ans, que Voltaire jugera « sèche comme une momie ».

En 1701, alors que « zozo » n'a que sept ans, sa mère disparaît. Il reçoit alors une éducation soignée chez les jésuites du collège Louis-le-Grand. Il y fait « du latin à outrance », se familiarise avec les auteurs classiques, s'initie au théâtre et à la poésie. Le collège lui fait aussi connaître de grands aristocrates, dont certains seront plus tard ses protecteurs : les frères d'Argenson, futurs ministres de Louis XV, le comte d'Argental... Cet élève brillant ne sera ni révérend père ni robin. « Dévoré de la soif de célébrité » selon son confesseur, le jeune Arouet fait des vers et les bons pères font imprimer en 1710 son Ode à sainte Geneviève. A la fin de son année de philosophie, il signifie à son père qu'il veut être homme de lettres. Il doit s'inscrire à Barreau, mais cela ne l'empêche pas de fréquenter la société libertine du Temple. Pour l'assagir, on l'envoie en 1713 à La Haye, comme secrétaire privé du marquis de Châteauneuf, ambassadeur du roi en Hollande. Mais le rebelle, en fait de sagesse, trouve une jolie compagne : il l'enlève et le scandale éclate. Le coupable est renvoyé en France où il est menacé d'une lettre de cachet obtenue par son père, puis d'une déportation aux « Isles ». Pardonné en 1714, il entre dans l'étude de maître Alain, procureur au Châtelet. C'est là qu'il rencontre Thiriot qui sera son indéfectible ami et son agent littéraire. Mais Voltaire s'ennuie dans l'étude et demande sa liberté. Fatigué de ce fils indomptable, Arouet père le confie au marquis de Caumartin. Au château de Saint-Ange, le jeune homme fait des vers, tandis qu'il goûte le velours et la soie.
En 1715, Louis XIV meurt. Commence l'aimable Régence, et Voltaire est reçu à la cour de Sceaux, chez la duchesse du Maine, où il donne des contes en vers et des divertissements de salon. Sa veine satirique se révèle dans un poème dirigé contre La Motte, puis un autre contre le Régent, qui se fâche et l'exile à Sully-sur-Loire en mai 1716. Un an plus tard, Voltaire récidive - son esprit caustique le conduit cette fois à la Bastille. Il en sort le 10 avril 1718. Mais il n'a pas perdu son temps. Du fond de son cachot, il s'est trouvé un nom et une signature : AROVET Le ieune devient, par anagramme, VOLTAIRE. Il a également conçu le projet d'une grande épopée, La Ligue (1723), qui deviendra La Henriade (1728).
Sa carrière d'homme de lettres est désormais lancée. Il lui manque la consécration, qui ne tarde pas à venir : c'est la représentation, par la Comédie-Française, de sa première tragédie (OEdipe, 1718) qui lui apporte la reconnaissance officielle et le succès. Le public applaudit ce fameux distique :
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« Nos prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense.
Notre crédulité fait toute leur science. » (IV, 1.)
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Avec dipe, Voltaire s'est imposé comme auteur dramatique. Il deviendra même le plus important poète de son temps aux yeux de ses contemporains, un nouveau Racine. Cette brillante destinée manque pourtant de tourner court un jour de 1723. Lors d'une épidémie de variole, Voltaire est à l'article de la mort mais il en réchappera. En 1725, il participe aux cérémonies officielles du mariage de Louis XV. Son statut de poète de cour lui vaut une pension de la reine, qui vient s'ajouter à une ancienne pension du Régent. C'est alors que survient une crise imprévue.