Noyés dans l'Exposition Universelle de Paris, les Jeux Olympiques de 1900, anarchiques et éclatés dans le temps et l'espace ne connurent pas la réussite de ceux de 1924... 22 nations aux premiers, 46 aux seconds... Le défilé de la délégation française effectuant le salut olympique était particulièrement impressionnant.
1912. C'est le temps des Jeux Olympiques de Stockholm. Je me suis débrouillé pour y aller comme représentant d'un consortium - dont sont
Le Matin et Les Annales
. A peu de semaines de l'ouverture, voilà que ma mère s'inquiète de ma déficience physique. On me découvre un " voile " au " sommet droit ", des crépitements. Je dois prendre le chemin d'un séjour de repos en Suisse. C'est du Signal de Bougy - dominant le lac de Genève - que je vibre, à travers la presse, à de magnifiques journées. Bouin gagne la cinquième série du 5 000 plat - sa distance - battant le record du monde; Bouin favori devant les Anglais, les Américains, les Suédois, mais averti d'avoir à se défier du danger finlandais.
Ce danger se nomme Kolehmainen. C'est un gaillard taciturne, au masque osseux, un saint du sport. La grande finale va se résumer en une lutte entre ces deux hommes. Ils partent, d'une allure pour l'époque stupéfiante, asphyxiante (le record établi la veille sera battu de plus de 30 secondes). Au quatrième kilomètre, ils ont un demi-tour d'avance sur leurs rivaux. Et c'est cette bataille de fin de course qui demeurera légendaire quand les rivaux se passent et se repassent dix-sept fois dans le dernier tour, Bouin gardant l'avantage d'un souffle à 3 mètres de la ficelle et le Finlandais lui prend un atome sur le poteau.
Quatre jours plus tard, je recevrai, en Suisse, un mot du champion qu'étonne la rumeur universelle soulevée autour de son exploit. Il me confie: "J'ai compris. Ces choses-là que je considérais au fond comme des amusettes sont importantes pour le pays. Je vais me reposer quelques mois. Puis, je m'entraînerai comme font les autres, et je retournerai à Stockholm".
Marcel Berger
1932 - Diplôme
A Los Angeles, la France tire encore son épingle des Jeux avec 16 médailles dont la moitié en or.
... Comme dix nations sur les quelque dix-sept qui se présentaient aux Jeux avaient pris part à la guerre, j'avais suggéré dans un article que les Jeux fussent consacrés solennellement aux morts de guerre. J'avais sans doute emprunté cette idée à une tradition grecque, comme le fut par un journaliste l'idée du "soldat inconnu". Cette idée n'eut pas de suite et ce fut sans doute tant mieux : nombre d'idées de ce genre, bonnes dans leur principe, finissent par la chienlit (non pas certes celle du " soldat inconnu "). Je suivis les Jeux avec intérêt, mais sans exaltation. Ni le chauvinisme sportif ni les records ne m'intéressaient. Il y eut de jolis et impressionnants "coups d'oeil", mais ils étaient gâtés pour moi par le blablabla, nommé alors bourrage de crâne, ou officiels et porte-plumes nageaient comme poissons dans l'eau. Le mot paix était déjà le mot bouche-trou qu'il est resté jusqu'à nos jours: c'est un mot enduit d'une bave visqueuse par le trop de bouches qui l'a prononcé. La paix par le sport; les rencontres internationales contribuant à la paix du monde. Nous ne fûmes que deux, un journaliste et moi, à nous élever dans la presse contre cette baliverne. Si les Jeux favorisaient quoi que ce fût, c'était moins la paix que les animosités nationales, en vertu de cette excellente maxime (de qui? de moi?): "Les groupes ne réunissent pas; ils divisent". D'ailleurs, ni les nations ni les hommes qui concouraient pour elles ne s'occupaient aux Jeux de la paix du monde. Ils s'occupaient de faire gagner leurs couleurs, ce qui au fond ne signifiait rien. Verdun, oui; la balle au pied, non. A de certains Jeux, une nation importante s'abstint; elle n'en resta pas moins une nation importante. À d'autres, une nation remporta le championnat de ... avec une maîtrise étourdissante; elle n'en resta pas moins sinon une petite nation, du moins une nation qui ne fait pas parler d'elle...
Montherlant
1924 - Serment et cérémonie d'ouverture
Même s'il y avait eu des ébauches de défilés en 1908 et surtout 1912, c'est à partir de 1920 à Anvers, que le cérémonial olympique muri par le baron de Coubertin se mit en place. Moyennant quoi, en 1924, Paris vit à son tour flotter le drapeau olympique, Géo André prêter le serment, et 3 075 athlétes représentant 45 nations défiler.
1932 - Etiquette de la traversée de l'équipe de France
La France, qui avait renoncé aux Jeux de 1904 à Saint-Louis à cause de la complexité du déplacement, participa donc à ceux de Los Angeles. Une véritable expédition. Après la traversée avec le paquebot
La Fayette
, sur lequel les athlètes bénéficiant de menus spéciaux, continuaient de s'entraîner, il fallut traverser les États-Unis en train. Une longue marche marquée par de magnifiques haltes musicales dans les gares, en attendant le village olympique en préfabriqué...