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Sport & Littérature / Les sports aquatiques
 

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Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames
M'arrachent à regret aux riants environs;
Âme aux pesantes mains, pleines des avirons,
Il faut que le ciel cède au glas des lentes rames.

Paul Valéry

Par exemple, parlez-moi de la natation, on ne l'encouragera jamais assez. C'est une chose inouïe que de voir le nombre de marins qui se noient en Angleterre. Ils tombent dans la mer, c'est une chose toute naturelle pour un marin, et ils sont perdus parce qu'ils ne savent pas nager. C'est une honte!

Louise Michel

Quand Norman repartait pour le large, je m'amusais à franchir la barre en nageant à ses côtés. Je me flattais que, si une vague m'avait trop violemment roulée, mon compagnon, de son bras délié, m'aurait rattrapée et tirée de là. A un certain moment, je m'attardai au milieu des lames, me complaisant à lutter contre elles pour ne pas être drossée au rivage. Et tout à coup j'entendis Norman me crier gare. Il arrivait droit sur moi, au sommet d'une vague, follement poussé par le flot, impuissant à rectifier l'élan de sa planche.
- Plongez ! cria-t-il.
Le surf-board était à deux mètres. J'obéis éperdue. La masse d'eau déplacée par l'engin passa sur moi en trombe, me froissant les reins avec brutalité. Cette sensation me bouleversa. D'une détente, je m'enfonçai davantage. Le temps d'un éclair, je me demandai si le bois ne m'avait pas touchée, si je n'avais pas le crâne ouvert, si je n'étais pas en train de mourir entre deux eaux. L'instinct seul me faisait encore nager. Norman devait se trouver loin déjà mais je fuyais toujours. Ce qui me ramena à la surface, ce fut l'idée que le garçon s'inquiétait de ne pas me voir reparaître. Je remontai à l'air.

Philippe Hériat

1955 - Jean Boiteux

Treize fois champion de France, Jean Boiteux (au centre) déteint aussi le record du monde du 4x200 mètres (8'33") en petit bassin.

L'amateur de canoë se présentera comme un doux réfractaire (voyez Gerbault), un visionnaire qui veut rompre avec la civilisation. Et une fois sur son terrain, il vous émerveillera.

Jacques de Lacretelle

Ensemble les rames de frêne s'inclinent, - puis se relèvent, et deux bateaux se ruent, - vite comme le vent, au devant l'un de l'autre:
- en barque le tambourin joue,
- des vogueurs cadençant la vague, - des jouteurs embrasant la fougue, - remuant le coeur même et l'entrain des vieillards.
Or, à peine se frôlent les deux embarcations, - courtoisement s'ouvre la joute: - au même temps, les piques - frappent dans les pavois; - et toutes deux butées, - elles s'aheurtent, jusqu'à ce que, vaincu - plonge au fond de la mer un des deux combattants.
... Il n'y a pas à dire! - Quand sur l'étroit ponceau par l'orteil cramponné, - sur le ponceau de l'autre barque - on voit venir, présentant bien la targe, - son adversaire qui se campe - droit comme un jeune pin, nu-jambes et nu-bras.
Bien que la gloire vous échappe,
- bien que votre homme vous renverse, - s'il plonge aussi c'est une immense volupté - que de faire un trou au flot tiède; - et dans l'ondée qui éclabousse, - pantelant, on oublie le point d'émulation,
- pantelant et nageant, on s'embrasse tous deux!

Frédéric Mistral

Je me crois soudain goélette
Avec le vent comme drapeau
Et je ris d'être en équilibre
Entre deux mondes écumeux :
Le ciel bleu luisant d'oiseaux libres
L'eau luisante de poissons bleus.

Maurice Carême