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Sport & Littérature / L'athlétisme
 

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Toute l'équipe tchécoslovaque, hier matin, était à son tour conviée pour la visite rituelle de la chocolaterie. Sous la pluie, revêtus de l'imperméable uniforme, hommes et femmes ont parcouru, avec assez d'allégresse, ces deux kilomètres qui séparaient l'hôtel de la fabrique. J'ai contemplé, examiné, détaillé Zatopek sous tous les angles, tantôt derrière lui, tantôt à ses côtés, tantôt le dépassant. Il avait l'aspect d'un petit employé allant à son travail sans trop penser, sans trop se soucier des éléments exceptionnels. Mais, bavardant par à-coups avec un journaliste qui réglait son pas sur le sien, il s'animait, penchait à droite ou à gauche sa tête curieusement juvénile, complétait son français hésitant de gestes maladroits, souriait, son visage triangulaire soudain plissé de mille rides, ses yeux illuminés, frottait souvent son nez et son menton, comme en un tic, de sa main à demi-fermée.
Plus tard, assis auprès de sa femme, devant l'écran où l'on projetait un film à la gloire du chocolat en particulier et de la Suisse en général, il retombait dans cet anonymat des assistances humbles, disciplinées, qui ne s'attardent pas à différencier les plaisirs visuels. Au milieu de ses coéquipiers géants, athlétiques et normalement chevelus, Emil Zàtopek, titan de la course à pied, apparaissait comme un enfant sage, attentif, ou comme un vieil homme prêt, à contrecoeur, à se désintéresser de toutes les luttes.

Yves Gibeau

1948-56 - Zàtopek-Mimoun

La rivalité entre deux athlètes peut déboucher sur une profonde amitié. Ce fut le cas entre Emil, le Tchèque, et Alain, le Français d'Algérie. Battu aux Jeux de Londres en 1948 sur 10 000 m, aux Jeux d'Helsinki en 1952 sur 5 000 et 10 000 m, le Français prit sa revanche à Melbourne en 1956. Là, sur le marathon, pour la première fois, il devança son maître avec fierté et tristesse à la fois .

Tous les soirs, en cette saison, je vois passer sous mes fenêtres, boulevard Maillot, des coureurs en tricot, en culottes courtes, les jambes et les bras nus. Ce sont des jeunes gens qui, après la besogne du jour, viennent s'entraîner sur ce boulevard, à la frontière du Bois. Ils éprouvent ainsi les limites de leur énergie et ils s'appliquent à les reculer par des moyens appropriés. Je les ai observés souvent: ils ne cherchent pas à se dépasser les uns les autres, mais seulement à tenir longtemps et à réduire chaque jour le temps qu'ils mettent à franchir un espace déterminé, à battre leur record de la veille. Je préfère, je l'avoue, ces sortes de courses qui n'ont d'autre but que de fortifier le coureur, à ces matches où il s'agit de se "classer" dans les premiers. Pourquoi faire intervenir la vanité là où il ne devrait s'agir que de perfectionnement physique?

Maurice Barrès

1969 - Colette Besson et Nicole Duclos

Aux championnats d'Europe d'Athènes, les deux coureuses françaises dominent le 400 m, en battant toutes deux le record du monde. La course fut si belle, si indécise, que Marcel Hansenne, l'ancien champion, envoyé spécial de L'Équipe , titrera son papier : "Vive Colette Duclos et Nicole Besson." Au fait, sur le fil, c'est la Briviste Nicole Duclos qui eut le dernier mot sur la formidable championne olympique de Mexico.