Le dernier tour enfin, et la ligne d'arrivée. Depuis quelques minutes nous ne vivons plus, empoignés, nous aussi, par ce chauvinisme sportif qui, devant les compétitions mondiales, saisit les plus sceptiques. Et nous poussons, à la mode américaine, des onomatopées barbares, appelant notre homme par son nom, hurlant et nasalisant à dessein nos "Bouing!... Bouing!..." forcenés, comme pour donner au Méridional un peu de l'atmosphère de son pays et pour qu'il s'imagine, sur les derniers mètres, que c'est Marseille même qui l'acclame... Mais, hélas! le Finlandais a gardé pour la pointe finale de mystérieuses ressources: quatre mètres avant le fil, il arrive à la hauteur de Bouin; l'athlète français, redevenu, pour un cinquième de seconde, le Provençal au découragement facile, abaisse d'un rien ses bras, bielles agissantes. Et c'en est assez pour que Kolehmainen, mains tendues, torse jeté en avant comme pour une course à l'abîme, touche le premier, d'une poitrine à peine, le fil blanc de la victoire.
G. Rozet
1931 - Stupéfiant Ladoumègue
Entre le 4 octobre 1930 et le 5 octobre 1931, Jules battra 6 records du monde s'échelonnant du kilomètre au 2 000 m. Le plus beau sera le dernier, où à Jean Bouin devant 15 000 spectateurs, sur le mile, le prodige Bordelais réussit 4'09"2, améliorant de plus d'une seconde le record détenu par Nurmi, le fameux Finlandais.
En athlétisme, chacun fait sa petite affaire dans son coin. Les idoles, on les cultive à la maison, durant les longues soirées d'hiver. Viennent les saisons du plein air, on se contente de voisiner d'un rayon de soleil à l'autre, comme on habiterait le même palier. Ces enfants au torse nu, aux mèches blondes, semblent ignorer la présence à leur côté de l'Australien Elliott, l'homme le plus doué au monde pour la course à pied, au dire des experts. Et pourquoi, je vous demande, s'attacheraient-ils particulièrement à ce long garçon au visage de Sioux, que rien ne distingue des adolescents souffreteux qui trottinent autour de lui, leurs frêles épaules arquées sous le poids de trop de performances? L'un de ceux-ci, un gnome scrofuleux au visage mangé par une barbe rousse, est le cinquième coureur de mile de tous les temps!
Quelle étoile désigne les champions? Quel sourcier les révèle? Des êtres étranges, certainement, à l'image de Percy Cerutty, l'entraîneur d'Elliott, qui est là, ce matin, parmi nous, éminence grisonnante, prophète d'une religion ardemment controversée.
Antoine Blondin
1933 - Jules et son fils
Disqualifié à vie avant les Jeux de Los Angeles en 1932, le champion se console mal en contemplant tristement, avec son fils dans les bras, quelques-uns des multiples trophées qui avaient couronné ses exploits.
1935 - Julot réhabilité
En 1935, preuve que sa radiation n'avait pas entamé sa gigantesque popularité, plus de 500 000 personnes l'acclamèrent lorsque, à l'initiative d'un journal du soir animé par Gaston Bénac, il illumina de sa foulée meurtrie les Champs-Elysées. L'injustice n'était pas effacée, sa carrière était brisée à 25 ans, mais ce fut déjà une belle revanche sur des dirigeants irresponsables, une vraie réhabilitation.