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Sport & Littérature / Le football
 

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La télévision balbutiait, et il appartint alors à des magazines comme L'Intrépide, Le Miroir des Champions, ou L'Équipe- junior de chanter la gloire de Kopa ou Ben Barek... Paul Ordner, Pellos, et les autres journalistes de l'époque ne manquaient pas de talent et nous éblouissent toujours.

1921 - Les 11 vainqueurs de l'Angleterre

Au stade Pershing, le 5 mai 1921, devant 30 000 spectateurs, la France battait l'Angleterre pour la première fois.

1959 - Kopa

Kopa est alors tellement connu qu'il peut lancer sous son nom et une limonade et une ligne d'articles de sport.

Entre un thème grec et une version latine j'ai fait mes débuts de prosateur, imitant Stoullig imitant les reportages de la presse spécialisée, qu'en ce temps-là j'ignorais; décrivant par le menu mes prouesses en face de Ben Barek, Aston, Simonyi, et celles de Stoullig trompant ou fusillant Vasconcelos, Di Lorto, Da Rui en personne. Autant que les vrais ces matches nous les avons vécus, sans même hésiter quelquefois à les perdre, car nous recherchions la vérité esthétique de l'émotion, et il était beau de succomber (d'ailleurs le plus souvent de justesse) devant des demi-dieux. "Au seul nom dAgamemnon je ruisselle", a noté Gide; ceux-là nous transportaient. Et, de tout ce qui tire le football vers une religiosité lyrique, une grande part réside bien dans l'immense catalogue onomastique qui s'enrichit sans cesse et qu'on rouvre lors des grandes compétitions, pour relire la même vieille Iliade onziste avec d'autres Achille, Patrocle, Ajax, Hector. Car il suffit de quelques années pour que l'oubli, sélectionneur suprême, aligne une équipe fantôme où ne brillent plus que pour les amoureux et les savants ces syllabes un moment dorées: Tigana, Genghini, Lopez, Rocheteau, Janvion, Platini même, Giresse, Marius Trésor. Peut-être cet effacement des patronymes célèbres est-il une rançon que paye la gloire, pour tant de champions dont les exploits demeureront ignorés.

Jacques Réda

1994 - Billet de la World Cup

Il s'en vendra plus de trois millions aux États-Unis pour suivre la XV e Coupe du Monde.

Di Stefano. Je connais Di Stefano. Je l'ai vu jouer plusieurs fois à Madrid. J'ai bavardé avec lui dans ce café renfermé qui fait face au Prado, où les Argentins de bonne souche offrent leurs chaussures au cireur en buvant des verres d'eau glacée. Le plus clair est que cet avant-centre voue à ses deux jambes un culte raisonnable. Elles sont le placement de ce père de famille, pour qui la fortune de trois petits enfants dépend d'un protège-tibias. Il ne se cache pas de les ménager par priorité absolue. Elles valent au bas mot une cinquantaine de millions. Aussi bien Di Stefano admet-il sans l'ombre de cynisme que le marquage étroit l'offusque et qu'on est mieux debout que couché.

Antoine Blondin

Au désespoir des professeurs barbus de 1900, notre génération a joué le ballon. Il outrageait les programmes, cassait les vitres, ouvrait les fenêtres. Et nous filions à la suite de cette comète sonore, en la regardant comme un symbole. Elle nous consolait des mystères des racines grecques.
Cela nous valait des punitions qui renforçaient notre conviction. Pourquoi nous vouer à l'adoration perpétuelle d'une antiquité pleine d'athlètes modèles et de grand air, et nous punir d'arrêts de rigueur à la moindre tentative d'imitation ?
Aujourd'hui, cette génération ou ce qu'il en reste, à force de jouer en dépit de tout, a gagné la partie contre les barbus. Leurs successeurs viennent de notre camp et l'Alma Mater se rend à l'évidence. La France battait le record des surmenés scolaires et de la mortalité de la jeunesse. On met sur pied de nouveaux programmes. Enfin, dirait-on, ce n'est pas trop tôt.
Mais que la jeunesse de demain le sache, elle doit ces changements à notre ballon.

Joseph Jolinon