Les raquettes des temps héroïques. Comme raquettes nous avions des instruments bossus, "Obliques ", dérivés de la raquette de courte paume et dont le manche nous embarrassait cruellement. Certains raffinés affectaient de la tenir à son extrémité comme les gens distingués manient leur fourchette et leur couteau. Mais cette originalité confinait à la pose. Généralement, pour éviter qu'elle tournât, on tenait la raquette "à la racine", ce qui en rapprochait le maniement de celui du tambourin qui nous était plus familier. Seulement, de cette manière, le manche devenait singulièrement incommode. On l'introduisait à chaque instant dans le ventre ou dans le côté, surtout lorsqu'on esquissait un revers (ces coups scabreux se perpétraient à deux mains et se nomment des " coups de gauche "). Aussi, tout bonnement, des gens pratiques le faisaient scier par moitié. Il y avait quelquefois des matches de raquettes contre tambourins ou des mixtes. La sonorité gaie des tambourins, sans parler de l'absence des manches, leur conférait aux yeux de certains une supériorité sensible sur le boyau mélancolique.
Les balles étaient déjà en caoutchouc doublé de feutre. Ce qui nous frappait surtout en elles, c'est leur haut prix, d'autant que comme tous les précurseurs nous étions peu argentés. Il y avait de l'angoisse à voir son capital s'élever trop haut parmi les arbres ou fuir sous un taillis, pis encore, vers un bassin. On regardait de travers les hurluberlus qui, servant violemment à faux le premier coup, obligeaient à des recherches longues et répétées. Entre gens bien élevés, on jetait très vite, pour la forme, une balle initiale dans le filet, et on s'y mettait pour de bon à la seconde. On jouait avec deux ou trois balles. La première, destinée au filet, pouvait sans grand inconvénient avoir perdu son enveloppe de feutre ou, décousue, porter crinoline. La " bonne "était réservée pour le second essai. Il y avait aussi des balles nues, en caoutchouc vulcanisé, pareilles à des poires d'irrigateurs. Elles avaient l'avantage par les temps pluvieux de ne pas prendre l'eau et elles étaient meilleur marché. Mais il fut vite de bon ton de les dédaigner. De même celles en feutre rouge et aussi les bicolores.
André Lichtenberger
1913 - Catalogue
Les fabricants d'articles de sports étaient alors aussi nombreux que les producteurs de fromage. Et plus ils étaient modestes, plus il leur fallait trouver un nom "ronflant".
1900 - Catalogue
À la belle époque, les salles d'armes étaient nombreuses, car on était très chatouilleux sur l'honneur. Moyennant quoi les épées de duel se vendaient bien.
1910-1930 - Catalogues Gleize
Dans ses ateliers de Chambéry et Chamonix, Gleize s'était fort logiquement spécialisé dans les articles en rapport avec les sports d'hiver...
Un costume à la portée de tous. La tenue du joueur était d'une simplicité démocratique. Quelques snobs changeaient de chaussures. En général, on se bornait à dépouiller son veston. Si l'on était sujet à de fortes transpirations, le faux-col, le gilet, et jusqu'aux bretelles suivaient. Durant les passes violentes, une main prudente raffermissait le pantalon.
Le filet était soutenu en son milieu par un bâton vertical et s'écroulait facilement, soit que les cordes fussent mal assujetties ou pourries, soit que le sol se prêtât mal à l'enfoncement des poteaux. Aussi était-il mal vu d'y jeter trop violemment les balles.
Les limites étaient figurées par des rubans où l'on s'embarrassait les pieds ou par des raies tracées au moyen d'un bâton pointu. Elles étaient théoriquement rectilignes et s'effaçaient rapidement, ce qui occasionnait des discussions.
André Lichtenberger
1930-40 - Boîtes de balles
Ce n'est pas par hasard qu'André Lichtenberger, l'écrivain, évoque aussi bien la première balle, la "bonne" balle, la vulcanisée, et les balles rouges; il a été un des meilleurs champions des temps héroïques.
La forme des raquettes se symétrisait. On arrivait à concevoir l'utilisation du manche. Le poids et la conformation des balles n'offraient plus guère de variantes. La chemise de flanelle, en attendant l'oxford et le cellular, s'imposait. La contagion gagna bientôt le pantalon. Avec l'amélioration des terrains, les chaussures sans talon étaient reconnues obligatoires. L'herbe était de plus en plus dédaignée. Le mystère des sous-sols et de l'entretien indispensable n'étant pas encore éclairci, le sol en terre battue demeura longtemps défectueux, d'autant que des limites en bois ou en brique y aggravaient souvent les faux-bonds. Il y eut donc le règne de l'asphalte, dur aux pieds, mais quelle régularité ! Des deux côtés du "single" s'adjoignirent les couloirs. Les dimensions des courts devenaient presque immuables.
André Lichtenberger