Entre les applaudissements,il y a de grands silences, et ce que j'aime alors, c'est le bruit des balles sur les raquettes de championnat en boyaux extra-fins (surtout à présent que j'ai la même raquette que celle de Decugis et de Germot: une "Driva"). Ce bruit soudain je trouve à quoi il ressemble: à un sabot de cheval sur du marbre.
Jacques-Henri Lartigue
Parcourir ces anciens catalogues, découvrir des mots aussi inhabituels que virolles, ricassot, garde-pouce, damasquiné, c'est le même bonheur que Fernandel épluchant pour Giono le Catalogue de la Manufacture des armes et cycles de Saint-Etienne.
Après une passe d'armes, les tireurs s'arrachent le masque d'un geste impatient pour interroger le tribunal et la sentence est parfois accueillie par un haussement d'épaule, ou l'amère contemplation d'un fleuret tordu qui veut prouver la touche.
Jacques Perret
1938 - Catalogue Somms
Le meilleur symbole pour un fabriquant omnisport ce sera toujours le discobole.
1907 - Catalogue La Française
La marque tricoloreimposée par les succès de Garin dans Paris-Brest 1901 et le Tour 1903 confectionnait aussi des machines destinées aux militaires.
Au régiment, où je continuai à me perfectionner dans le noble métier, le verre de madère était moins obligatoire. Mais les masques exhalaient leur odeur héroïque, acquise à la sueur de mille fronts. Les fleurets, trois fois raccommodés, étaient en demi-cercle. Les prévôts vous disaient: "
Engagez sixte!" ou "Parez quarte!" en regardant au-dehors. On sentait que leur métier ne consistait pas à rester ainsi sur la planche, mais à recoudre éternellement des manteaux et des vestes dans la chambrée paisible du P.H.R. ou peloton hors rang.
Tristan Bernard
C'était le rite du soir d'été. Ouvrir le ballon de gros cuir, tel un agrume, y enfoncer la chambre à air sans la coincer, ne laisser sortir qu'un téton rougeâtre dans lequel les enfants plongeaient une pointe de fer reliée à la pompe.
R. Pittet
Moi seul compte ici. Qu'on me passe, me botte ou me dribble, que je sois terrestre, aérien ou morceau d'athlète emporté, j'imprime leur direction à tous les regards, à tous les muscles, à l'avant qui me suit, au demi qui me brusque, au trois-quarts qui me ravit, charge, croche, et ne m'abandonne que lorsqu'il bascule, pris aux cuisses, à l'arrière qui m'attend, arqué, anxieux, mains aux hanches, à l'arbitre qui me défend de la fraude, au peuple étagé des gradins qui ne quitte pas de la vue, ni de l'âme, mon parcours brisé. Je suis l'hostie volante, partagée entre deux tabernacles. Je dirige les têtes de la tribu immobile et leur rotation; je hausse ces corps sur la plante des pieds et les tire à moi quand je m'élève. Le drapeau de touche salue ma trajectoire; quand la mêlée me dérobe, il n'y a plus de souffle sur la prairie. Et quel cri unanime lorsque je franchis d'une courbe majestueuse, plus alanguie et plus pompeuse en son sommet, la barre transversale, entre les poteaux de but, pareil à un soleil oblong qui domine le cercle de fumées, de collines, de bois sans feuilles. Moi, moi, il n'y a que moi, servi par trente prêtres bien entraînés, aux prières puissantes et décisives, par un gardien sifflant de l'intégrité des dogmes, et bruyamment adoré par dix mille esclaves noirs que maintiennent des barrières.
Alexandre Arnoux
1938 - Catalogue
Qui raconte mieux que les catalogues les changements subis au fil du temps par les ballons, agrume pour Pittet, hostie volante pour Arnoux.