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Sport & Littérature / Les stades
 

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Les courses ou les matches, qui ne sont pas disputés en pleine nature (cross-country, cyclo-cross, rallye, Tour de France, etc...), se célèbrent depuis l'antiquité grecque sur des stades. Certes, le confort s'y est accru. Désormais presque toutes les places sont assises et protégées, les nocturnes sont éclairées. Les spectateurs de plus en plus nombreux y partagent toujours la même passion pour telle équipe ou tel champion... Stades, gymnases, piscines, vélodromes, couverts ou non, sont donc les lieux, où l'on vibre ensemble autour d'une pelouse, d'une cendrée, d'une piste, ou d'un ring, lors des "Fêtes du muscle".

Des pistes en mâchefer, où les sprinters creusaient des starting-blocks rudimentaires avec une cuillère, au Grand Stade de France ultramoderne, en passant par Colombes, aux allures de palais arabe cher à Marcel Berger, que d'émotion peut jaillir des stades! Que l'on pousse une pointe au vélodrome de la Seine, ou à Wagram, voire aux Ponts-Jumeaux, et c'est toute l'histoire affective du sport, qui nous saute au visage. Les bruits, les parfums, les couleurs des maillots reviennent en mémoire. Magiques, comme les phonolithes, les stades restituent sans cesse tout ce que les champions et leurs supporters leur ont donné...

Le stade de Colombes tout neuf, bleu et or, avec ses allures extérieures de palais arabe, puis, quand on prenait place sous ses ailes d'avion géant emportant le monde vers les templa serena du décamètre et du chrono.

Marcel Berger

Si l'on rendait encore un culte aux Heures, je devrais adorer l'Heure où pour la première fois nous posâmes le pied sur notre stade: le stade avec ses garçons aux têtes petites, aux ongles courts, aux ventres plats, avec ses corbeilles de basket, avec son portique, avec ses sautoirs et des paquets de vêtements au pied des sautoirs, avec ses poteaux de but aux gréements déchirés et des paquets de vêtements au pied des poteaux de but, avec ses oriflammes, avec sa pelouse exquise, lumineuse de fraîcheur, " couverte d'un vaste tutoiement ", couverte aussi, lorsqu'on l'écoutait de près, par le long frémissement d'un javelot dans les airs, le bruit mat d'un disque qui tombe sur le gazon, le "clac" d'un ballon qu'on botte, les monosyllabes rauques des joueurs qui se signalent l'un à l'autre en dribblant: étrange silence que ce fond sonore (qui dira pour toujours, d'un mot ou d'une phrase, le grand silence du sport?). Tout un ensemble noble, jeune et charmant, dont pas un de nous n'eût imaginé qu'il était si périssable, et que nous le verrions périr de notre vivant. Comme bougeaient les petits êtres, bougeaient sans cesse au-dessus d'eux les cieux magnanimes. Le stade devait bouger lui aussi un jour.
Tout de suite je tombai amoureux de la cendrée. C'est-à-dire de la piste en mâchefer.

Montherlant

Et la première course à laquelle j'assistai à Paris, c'était au vélodrome de la Seine, j'avais six ou sept ans; je revois encore les coureurs derrière triplettes, ces entraîneurs revêtus du même maillot, ce coloris puissant, cet ensemble si animé. Ces teintes vives, ce cercle de passions... Ce tableau reste encore vivant en moi. Et tenez, je pourrais vous dire quels étaient les entraîneurs du champion, qui courait alors pour Gladiator; ceux d'Arthur Linton, préciser la place qu'occupaient en triplette Robert Coquelle, Lamberjack, si svelte alors... Souvenirs...

Pierre Mac Orlan

Le quartier de Grenelle, du Champ-de-Mars, sera le premier à accueillir des manifestations sportives dans la capitale. Durant les fêtes révolutionnaires, c'est depuis des talus au pied desquels avait été tracé une piste, que des dizaines de milliers de citoyens-spectateurs acclamèrent les premiers coureurs à pied, cavaliers et tireurs. À cette occasion, à l'endroit où devait surgir la tour Eiffel, l'astronome Alexis Bouvard inventa le chronométrage sportif. Plus tard viendront Galerie des machines et... Vel' d'hiv.

1959 - Exit le Vel'd'Hiv

Construit en 1910 entre quai et boulevard de Grenelle, le Vélodrome d'Hiver, durant un demi-siècle, hébergea sous sa verrière et ses quelques mille lampes à arc les Six Jours cyclistes, mais aussi les grands combats de boxe, le patinage artistique, le hockey sur glace ou l'équitation.

Magiques, les stades le sont tous, grands ou petits, à Saint-Denis ou à Langogne. Dans un recoin, tous possèdent un morceau de l'âme de leurs millions ou de leurs centaines de spectateurs célèbres ou anonymes. Quand la France a battu les All Blacks au Parc, j'étais là. Quand à Lachamp, Langogne a "tombé" Champclauson, j'étais à l'endroit où la main courante avait été repeinte. Qui parlera de l'avantage du terrain, qui dira ce que jouer à domicile veut vraiment dire? Avec les encouragements des fidèles du Stade-Vélodrome, ou de Geoffroy-Guichard, les Olympiens ou les Verts ont bien un ou deux buts d'avance...

La salle Wagram. On peut dire qu'en fait de public, la salle Wagram en a vu de toutes sortes, et qu'en fait de champions, elle a déjà un joli palmarès qui va de M. Edouard Herriot à Criqui et du Chanoine Desgranges à Rigoulot. On y a débattu ou acclamé ou sifflé des amendements, des coups bas, des motions, des crochets, des tangos, des chimères et des prises de pied. C'est un des hauts lieux de l'esprit de compétition sous toutes ses formes. Il va de soi que le public des galas d'escrime n'est pas le même que celui des réunions de catch.

Jacques Perret

Gloire des Ponts-Jumeaux. Il nous faut dire adieu à un lieu magique par excellence qui fut pour notre génération l'Olympe du rugby. Mes souvenirs seront toujours enchantés par ce terminus de feuillages, de soleil et d'eaux où nous conduisait en brinquebalant triomphalement le tramway du dimanche après-midi, avec ses remorques gonflées de rideaux rayés. Les Ponts-Jumeaux m'apparaissent alors comme l'apothéose des réjouissances. Les supputations d'avant-match (tactique de l'Aviron ou rafale impulsée par Cadenat du SCUF) faisaient l'objet des conversations de la veille chez le coiffeur où se retrouvait toute la colombette gouailleuse et sportive.

Gaston Bonheur