
En dépit des férocités permises du "catch as catch can", il n'y a dans la lutte qu'un moment tragique: celui où l'homme qui est en-dessous sent ses épaules plier, où ses omoplates approchent ligne par ligne, du sol, puis frôlent enfin la laine du tapis. Il n'est guère à cette minute, de face prognathe, de mufle bovin, qui ne s'ennoblisse d'une douleur Morale, qui ne crie, non pas le supplice des os et des muscles, mais le Chagrin d'une âme humiliée.
Colette
La difficulté extrême du judo en est l'attrait principal. Un de mes camarades me disait récemment: "Nous sommes si loin des sources que nous nous trouvons dans la situation de l'homme qui doit, par ses propres moyens déchiffrer des hiéroglyphes". Il est certain que le judo représente, même pour ses pratiquants les plus frustres, un sport "pas comme les autres". Nous sentons tous, plus ou moins obscurément qu'il est l'instrument d'une culture dont les arcanes, à la fois rudes et subtils, primitifs et riches d'avenir, nous attirent dans la mesure où ils nous intriguent.
Georges Magnane

1905 - Une séance de jiu-jitsu
Le professeur Ernest Régnier, avec Guy de Montgailhard, fait les premières démonstrations de judo, ou jiu-jitsu en France. Il faudra l'armée, les scouts et l'École des Travaux Publics pour assurer la survie de la discipline jusqu'à la relance de maître Kano en 1933.
Tout le monde aujourd'hui se désarticule le poignet à travailler ses contres de quarte; tout le monde se fend, sue et boutonne des plastrons de prévôts, depuis le gendre de M. de Grévy jusqu'au fils du chand de vin du coin. L'escrime est tombée dans le commun. L'art de piquer un bras est pratiqué par tous. Les uns n'y voient qu'un procédé pour fondre leur graisse; les autres se préparent une réputation de courage à bon marché.
Guy de Maupassant

1888 - Affiche anonyme
Très dynamique et solidaire, la corporation des maîtres d'armes se regroupe et donne un gala quand la famille d'un ancien professeur se trouve dansle besoin.

1925 - Charles Rigoulot
L'homme le plus fort du monde, champion olympique d'haltérophilie fut ensuite un homme de spectacle brillant sur un ring comme en automobile. Dany Rigoulot, sa fille, fut, elle, une grande patineuse avant de se produire au Lido
Les joies des poids et haltères. Ma première grande ambition fut, après l'avoir épaulé correctement, de projeter l'haltère de cinquante kilos, tant du bras droit que du bras gauche, car je suis ambidextre.
Ce fut un rude labeur, auquel je m'adonnais avec une ardeur farouche. Non sans récompense! Je sentais, en quelque manière, mes muscles croître de quinzaine en quinzaine, si bien que j'avais la sensation d'un développement indéfini. Quand, enfin, j'atteignis le but, quelle allégresse.
Allégresse qui, pour le coup, s'extériorisa, car je me trouvais être, dans notre club, le plus fort des journalistes de mon âge.
J-H. Rosny
1898 - Reproduction de diplôme
La garantie de l'exploit, la certification du titre... Les diplômes allemands comptent parmi les plus spectaculaires. Avec eux, on a vraiment mieux qu'une trace.
1928 - Anonyme
D'abord spectacle de foire ou de cabaret, la lutte fut olympique à partir de 1896 pour la gréco-romaine et de 1904 pour la libre. Malgré la concurrence du catch dans les années trente, représenté par Rigoulot et Cadine, la France eût de beaux champions olympiques avec Henri Deglane en 1924, Charles Pacome en 1932, et Emile Poilvé en 1936.