A l'entraînement ou en match contre le Belge Petit Biquet, Panama Al Brown est un spectacle fascinant. Phénomènal "ange du ring", qui régna sur les poids coqs pendant huit ans, il inspira à Jean Cocteau, un moment son manager, complice et ami, des lignes de toute beauté : "
J'aime la boxe, et c'est pourquoi j'ai un jour convaincu Al Brown de plonger à nouveau dans cette poésie active, dans les syntaxes mystérieuses qui firent la gloire de sa jeunesse. Je m'étais attaché au sort de ce boxeur, parce qu'il me représentait une sorte de poète, de mime, de sorcier, qui transportait entre les cordes la réussite parfaite d'une des énigmes humaines : le prestige de la présence. Al était un poème à l'encre noire, un éloge de la force spirituelle qui l'emporta sur la force tout court
".

Al Brown est un mystère. Dans le domaine de la boxe et dans celui des lettres, nous parlons la même langue. Nous employons ce que la foule appellerait les mêmes trucs... ce qui n'est autre que le style. Le style se fait rare. Méfiez-vous, sportifs! Vous vous trouverez chaque fois aux prises avec un prince du ring, un phénomène, un sorcier, un acrobate, un psychologue, un spectre, un somnambule, un poète, bref : un boxeur.
Jean Cocteau
1973 - Carlos Monzon/Jean-Claude Bouttier
De la terre battue à la boxe, il n'y a après tout qu'un pas. Roland-Garros, le franchira en organisant les matches qui virent Bouttier devenir champion d'Europe des moyens face à Duran en 1971, puis s'incliner en 1973 devant l'invincible Argentin Carlos Monzon, couronne mondiale en jeu.
Marcel Cerdan aimait la boxe. Elle épanouissait son être pensant, l'établissait dans sa dignité humaine, lui communiquait le sens de la personnalité. Il était devenu le champion dans sa forme idéale : un type que le sport avait élevé pour en faire un bonhomme
Jacques Goddet
Jacques descendit la rue jusqu'au gymnase. Il salua la caissière de deux doigts portés joints au rebord du chapeau et se dirigea vers le vestiaire. Personne encore, seul Touffe-d'Étoupe manipulait distraitement des mils. Jacques se déshabilla pour revêtir l'uniforme athlétique et revenu dans la salle après quelques minutes de peunnechignebaule il proposa trois rounds à Touffe-d'Étoupe qui accepta. Kid Mouillot et monsieur Lecoq arrivèrent à leur tour puis Ted la Sardine et Albert le professeur juste au moment où Jacques et Touffe-d'Étoupe passaient entre les cordes pour se situer sur le ring.
- Je vais arbitrer, dit Albert.
Jacques faisait 70 kilos et son adversaire 67 mais celui-ci avait une allonge supérieure et il n'eut pas de mal à placer quelques directs au coffre. Après les trois minutes, Jacques commence à s'essouffler.
- Tu vieillis, lui fait remarquer la Sardine, et puis tu manques d'entraînement.
- Laisse-le donc, dit Albert, ce n'est pas si mal.
- Il devrait venir ici plus souvent, dit monsieur Lecoq.
Au deuxième round en effet Jacques accroche la mâchoire de Touffe-d'Étoupe par deux fois. Au troisième ils travaillent au corps tous les deux. Touffe-d'Étoupe félicite son adversaire.
- Alors, demande Albert, on le présente ?
- On pourrait, dit la Sardine, mais il manque d'entraînement.
- Il devrait venir ici plus souvent, dit monsieur Lecoq.
Jacques va se doucher puis rhabillé se joint aux professionnels.
- Alors, dit Albert, tu t'en ressens pour le championnat de France amateurs dans les mi-lourds ?
- Il tiendra toujours ses trois rounds contre n'importe qui, dit Touffe-d'Étoupe.
- Moi je veux bien, dit Jacques.
- Bravo, dit Albert.
- Faudra t'entraîner, dit la Sardine.
- Et revenir ici plus souvent, dit monsieur Lecoq.
- Et te modérer chapitre de la bagatelle, dit Albert.
Raymond Queneau
1947 - Maurice Chevalier / Marcel Cerdan
Aux États-Unis, à cause de leur punch, le chanteur, qui avait failli devenir boxeur, et le pugiliste furent aussi célèbres l'un que l'autre.
1948 - Marcel Cerdan
Pochettes, lunettes, porte-plumes, plumiers, buvards, chansons répercutèrent dans le monde la folle popularité du champion.
1991 - Marcel Cerdan
A la demande pressante du journal L'Équipe,
La Poste honore le grand champion en émettant un timbre bien longtemps après sa disparition. Cette vignette reproduisant une superbe photo de l'agence Keystone se vendra à plus de 20 millions d'exemplaires.
