
Harrison frappé à la mâchoire, tomba comme un pan de mur...
L'arbitre battit la mesure au-dessus de sa tête. Mais le corps de l'Anglais resta inerte pendant dix secondes...
Ces lignes tirées du Nicolas Bergère de Tristan Bernard résument en partie un noble art fait d'esquive, de duel, de corps à corps, de K.-O., de bruits de gong, et de chutes de corps dans la résine, sur le tapis du fameux cercle enchanté.
Si l'on admire les stylistes, ce sont les puncheurs, comme ici Eugène Criqui, l'homme au short étoilé, qui ont souvent le dernier mot...
Paradoxes. Si Henri Decoin, international de natation, sélectionné olympique aux Jeux de 1912, est inspiré par la boxe, Marcel Pagnol livre quelques beaux combats de boxe amateur, sans pour autant écrire sur la natation, pourtant chère au Cercle des Nageurs de sa chère ville de Marseille.
Quinze rounds. Un soir, je me souviens, alors que dans mon coin je me préparais à combattre, une femme, toute jeune, s'installa au deuxième rang du ring en compagnie de son mari - je dis son mari, car le couple avait un air sympathique, sage, honnête. Et dès le premier round, dès le premier échange, la petite cacha son visage derrière ses mains. Elle ne voulait pas voir. Elle avait peur. Pas pour moi, pour mon adversaire. Elle tressaillait à chaque fois que mon poing heurtait le flanc de mon adversaire. A la fin du premier round, je la vis distinctement discuter avec son mari: lui riait, elle voulait partir. Comme je l'aimais cette petite. Pour moi, dans cette grande salle, elle était la douceur, la poésie.
Henri Decoin
1922 - Robert Mallet-Stevens
Ce match revanche entre Criqui et Ledoux, suprématie nationale en jeu, promettait beaucoup. Mais, devenu puncheur à cause d'une mâchoire rendue fragile par une blessure de guerre, Eugène Criqui, qui avait été contraint à l'abandon en 1914, s'impose cette fois dès le premier round. Les caméras ont eu à peine le temps de se mettre en route. En septembre, elles n'auront guère plus de chance, Carpentier, le favori, s'inclinant devant Siki, un noir inconnu.
(...) les guerriers de della Francesca s'assommant immobiles avec des gestes lents "téléphonés" comme on dit dans l'argot de la boxe comme ces mauvais poids lourds plantés ou plutôt enracinés au milieu du ring montagnes de viande s'assénant des coups à tuer un boeuf l'oeil stupide reniflant en secouant la tête envoyant des gouttes de sang sur les plastrons empesés et les visons des premiers rangs jusqu'à ce que l'un d'eux sans préavis sans avoir fait un pas s'écroule brusquement tout d'une masse l'arbitre se précipitant levant le bras du vainqueur dont les jambes semblent à ce moment se réveiller pour esquisser un joyeux pas de rigodon se mouvant toutes seules semble-t-il tandis que le regard toujours vide dans le terrifiant visage martyrisé il continue à laper paisiblement les deux traînées de morve rouge qui descendent de ses narines (...)
Claude simon
1916 - Affiche anonyme
Le poète Arthur Cravan rêvait de croiser les gants avec le grand Jack Johnson, champion du monde des lourds aux dépens de Jim Jeffries, le blanc. L'homme qui rêvait de mettre des cheveux de la femme aimée dans ses gants y parvint à Barcelone après une quête pathétique...
Contemplez deux boxeurs; pas de mots inutiles, pas de tâtonnements, pas de colère; le calme de deux certitudes qui savent ce qu'il faut faire. L'attitude athlétique de la garde, l'une des plus belles du corps viril, met logiquement en valeur tous les muscles de l'organisme. Aucune parcelle de force qui, de la tête aux pieds, puisse encore s'égarer. Chacune d'elles a son pôle dans l'un ou l'autre des deux poings massifs surchargés d'énergie. Et quelle noble simplicité dans l'attaque! Trois coups, sans plus, fruits d'une expérience séculaire, épuisent mathématiquement les mille possibilités inutiles où s'aventurent les profanes. Trois coups synthétiques, irrésistibles, imperfectibles. Dès que l'un deux atteint franchement l'adversaire, la lutte est terminée à la satisfaction complète du vainqueur qui triomphe si incontestablement qu'il n'a nul désir d'abuser de sa victoire, et sans dangereux dommage pour le vaincu simplement réduit à l'impuissance et à l'inconscience durant le temps nécessaire pour que toute rancune s'évapore.
Maurice Maeterlinck

1914 - Maurice Maeterlinck
Prix Nobel, l'écrivain belge, qui mimait à l'occasion un combatavec son ami Carpentier, écrit dans L'intelligence des fleurs: "Là où il est généralement pratiqué, l'art de la boxe devient un gage de paix et de mansuétude"...