La piste, l'anneau, ou la boucle, et parfois l'entraîneur, comme ici, jouent souvent un rôle considérable dans les sports mécaniques et aériens.
Au Parc des Princes ou à Buffalo, "dans le fracas de mitrailleuse lourde des motocyclettes énormes le visage scellé et inhumain sous le heaume de cuir, assis sur leur vitesse comme les dieux d'Homère sur leur nuage" tournaient ainsi les demi-dieux chers à Julien Gracq : Terreau le finisseur, Auguste et Georges Wambst, les deux frères, Lacquehay, surnommé La Longue Carabine...
Le quartier des coureurs avait poussé au bout de la piste, au petit virage. Chaque homme disposait d'une niche en planches avec un lit de camp fermé de rideaux. Onlisaitenlettres au pochoir : stand velox, équipe petitmathieu-van den hoven.
Un projecteur éclairait jusqu'au fonddescabines,permettant à la foule de ne perdre aucun des gestes de ses favoris, même au repos. Les soigneurs allaient et venaient en blouse blanche d'hôpital, avec des bruits d'assiettes, parmi les taches de pétrole et de graisse, composant des embrocations sur des chaises de jardin, avec des oeufs et du camphre. Roulements démontés, cadres, rondelles de caoutchouc, ouates noires noyées dans des cuvettes. Petitmathieu était étendu sur le dos, les mains derrière la nuque, livrant au masseur des cuisses poilues à veines fortes. Celui-ci les tapotait, les rendant molles comme une étoffe.
Paul Morand
1869 - Vélocipède IV pédale
Ainsi surnommé par les journalistes satiriques, le fils de Napoléon III utilisera le vélocipède que les Michaux viennent de pourvoir de pédales sur la roue avant. Pratique, cette machine succède donc à la draisienne, que l'on faisait avancer à grand renfort de coups de pied sur le sol, et précède le grand-bi, très incommode et dangereux.La bicyclette suivra en 1885-1891...
Le confesserai-je ? J'aime le coureur sur piste. Je l'aime comme j'aime le mystère : avec effroi et curiosité. Se tenir pendant des heures courbé sur un guidon, le nez sur une roue qui fuit devant soi, et tourner, tourner indéfiniment autour d'une pelouse, sans distraction, sans incident, cela me paraît un divertissement spécial, d'une saveur compliquée, perceptible aux seuls adeptes.
Or, les raisons qui meuvent le touriste, quelles sont-elles? En vérité, je vous le dis, c'est une infernale joie de dévorer l'espace, et de le dévorer par sa propre force. Il n'est pas un sport où le résultat corresponde aussi exactement à l'effort donné. La marche n'est qu'un piétinement. En équitation, presque tout le mérite d'une prouesse revient au cheval. Là, l'effort est bien personnel; là, l'effort trouve immédiatement sa récompense.
Maurice Leblanc
1906 - Stayer et pacemaker
Dans le sillage protecteur de son entraîneur ou pacemaker, le stayer ou coureur de fond se laisse aspirer pour aller de plus en plus vite. Une course au record échevelée et marquée par de nombreux accidents mortels.
1891 - Charles Terront
Après le grand-bi des années 1875-1880, nous vint d'Angleterre la bicyclette et le pneumatique gonflable. Une double révolution qu'imposa le champion après son raid victorieux sur Paris-Brest et retour. La course du siècle témoignait au passage que le muscle français n'était pas mort, "Napoterront" la boucla sur cette machine d'une vingtaine de kilos, après avoir percé et réparé cinq fois ses pneumatiques démontables Michelin.