
D'abord pratiqués localement ou par une élite, les sports de montagne ou d'hiver sont désormais une composante de la vie du Français moyen. Des champions comme Allais, Oreiller, Killy ou Goitschel avaient ouvert la voie. La part grandissante accordée aux loisirs a permis à des millions de skieurs de suivre leur exemple et de monter à leur tour sur les planches. Dans ce qu'il faut bien appeler un "boom", écrivains et dessinateurs ont souvent joué un rôle de premiers de cordée.
Démonstration.
Nicole Deleuze se lança, vêtue de laine verte, coiffée d'un béret vert, gentille, coquette, souriante. Elle s'amusait, ne semblait pas prendre au sérieux le concours, et de fait manqua l'une ou l'autre des images géométriques. Mais elle eut sa revanche dans les figures libres : tandis que miss Maud et les autres patineurs, - un Norvégien, deux Américains, deux Hollandais et trois Anglais -, ne sortaient guère de la convention, manifestaient une fois de plus ce manque d'esprit inventif qui se remarque partout, dans le sport comme dans l'art, la petite Française déploya les plus jolies grâces du monde à entremêler les motifs décoratifs. Sous l'acier de ses patins que le soleil transformait en bijoux d'or lançant des feux, s'animaient sur la glace qui gémissait d'un grand soupir d'amour des arabesques étranges aussitôt évanouies, toute une dentelle fine et savante qui se faisait et défaisait comme la tapisserie de Pénélope. Tantôt elle ralentissait la cadence, comme si l'inspiration la trahissait. Et tantôt elle se jetait en avant, courait, virait, voltait. Le manège de ses petits pieds était un miracle. Comme Mercure, elle avait des ailes aux talons. Son rythme, jamais uniforme et jamais brisé, tenait de la danse et du poème. Il chantait le plaisir du grand air, la joie des mouvements harmonieux, la liberté dans l'espace du corps humain dégagé de toutes les lois de la pesanteur.
Henry Bordeaux

1928-1932 - Andrée Joly et Pierre Brunet
Champions du monde de patinage artistique par couple en 1926, 1927 et 1930, Andrée et Pierre furent doubles champions olympiques en 1928 et 1932, et les premiers Français couronnés aux jeux d'hiver.
Les joies du patinage. Platon n'a pas connu le patinage ; Socrate non plus : le climat d'Athènes leur a refusé cette faveur. C'est tant pis. Ils eussent trouvé de belles formules pour célébrer un jeu qui libère l'humanité de sa tare congénitale, en la délivrant de son poids. Il abolit la pesanteur. Il nous prête, pour un moment, la légèreté de l'oiseau qui glisse sur les pentes de l'air ; bien plus, il nous concède l'illusion de flotter dans l'éther, patrie des Dieux ; il nous apparente à Mercure, qui a des ailes aux talons. Il nous dégage de la terre et nous fait irréels, ou presque. Une ivresse, plus subtile que celle du vin, circule en notre corps entier et nous enlève, dirait-on, hors de nous...
Edmond Haraucourt

1897 - Henri de Toulouse-Lautrec
Au Pôle Nord, rue de Clichy, au palais des Glaces sur les Champs-Élysées, des patineuses de rêve inspirent les artistes Jules Cheret, Albert Guillaume, et de vieux messieurs avec monocle. Le sport balbutie joliment.

1935 - Les Brunet-Joly
La compétition et ses règlements drastiques terminés, les rois de la glace donnent libre cours à leur talent et à leur fantaisie lors de l'exhibition. Une fête pour le public, l'occasion pour les champions de tester des figures interdites, de s'amuser.
Etait-ce deux créatures ou était-ce deux flèches? Qui les eût vues à cette hauteur les aurait prises pour deux eiders cinglant de contexte à travers les nuées. Ni le pêcheur le plus superstitieux ni le chasseur le plus intrépide n'eurent attribué à des créatures humaines le pouvoir de se tenir le long des faibles lignes tracées sur les flancs de granit, où ce couple glissait néanmoins avec l'effrayante dextérité que possèdent les somnambules quand, ayant oublié toutes les conditions de leur pesanteur et les dangers de la moindre déviation, ils courent au bord des toits sous l'emprise d'une force inconnue.
- Arrête-moi, Seraphîtüs, fit une pâle jeune fille, et laisse-moi respirer. Je n'ai voulu regarder que toi en côtoyant les murailles de ce gouffre; autrement, que serais-je devenue? Mais aussi ne suis-je qu'une bien faible créature. Te fatigué-je?
- Non, dit l'être sur le bras de qui elle s'appuyait. Allons toujours, Minna! La place où nous sommes n'est pas assez solide pour nous y arrêter.
Honoré de Balzac
C'est parce que la montagne était là, géante, provocante que les hommes s'y sont mesurés. L'aventure avait vraiment commencé avec le mont Blanc, "la taupinière blanche", conquise en 1786 par le docteur Paccard et Balmat, mais ce ne fut pas toujours aussi simple.

1835 - Séraphîta d'Honoré de Balzac
Comme Alexandre Dumas nous révèle les premiers alpinistes, le père de La Comédie humaine nous montre une des toutes premières skieuses. Une héroïne dont il décrit non sans talent les étonnantes évolutions...
Mon métier consiste à descendre du haut de la montagne jusqu'en bas. A descendre le plus vite possible. C'est un métier d'homme. D'abord parce que, l'homme a envie de descendre en bas, ensuite parce que, lorsqu'il y a plusieurs hommes en haut, ils veulent tous descendre plus vite les uns que les autres. Un métier humain. Je suis descendeur. Il y a eu Toni Sailer, il y a eu Jean Vuarnet, il y a eu Jean-Claude Killy, il y a eu Franz Klammer, il a eu les Canadiesn, et maintenant, il y a moi. Je serai cette année champion du monde et, aux prochains Jeux Olympiques j'aurai la médaille d'or.
Paul Fournel