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Sport & Littérature / Le record
 

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Relevant souvent de l'anecdotique le record est essentiel en athlétisme, haltérophilie et natation. Ici, les kilos, les grammes, les mètres et centimètres, les minutes, secondes, dixièmes, centièmes et millièmes de seconde n'ont pas de prix. Une haute précision requérant juges ou chronométreurs officiels! Aujourd'hui comme hier, à la belle époque par exemple lors d'une tentative de Fernand Gonder, le champion du saut à la perche, les canotiers se pressent autour d'un sautoir dépourvu de confort et de sécurité. C'est de 3,69 mètres que le Bordelais retombe sur le "dur" en ce 26 juin 1904. Consolation et curiosité, les juges sont aussi beaux que des garçons d'ascenseur.

1882 - L'homme-électricité

Souvent professionnels, les pédestrians qui s'attaquent aux records les plus insensés, utilisent les noms racoleurs pour attirer par exemple sur les fortifications un maximum de curieux.

Le symbolique "aigle du record" dont parle en 1924 le poète André Obey 1, lors des exploits du Finlandais Ritola2, est l'obsession de tous les athlètes...
Record personnel pour les modestes, record départemental ou régional pour les petits, national, européen ou mondial pour les meilleurs, il est toujours synonyme de dépassement, de victoire sur soi, sur la pesanteur.

6 juillet 1913 - Jean Bouin

Sa défaite en finale du 5000 mètres des J.O. de Stockolm, le Marseillais l'efface au même endroit, un an plus tard, en s'appropriant le record de l'heure. Nurmi, le grand, fera mieux seulement quinze ans plus tard.

1924 - Sera Martin

En 1'50''6, sur la piste en cendrée de Colombes, le coureur du Stade Français pulvérise d'une seconde le record du monde du 800 mètres, propriété de l'Allemand Otto Peltzer...

Je parvins à atteindre la finale. J'étais opposée à Mrs Lambert-Chambus, victorieuse sept fois dans ce tournoi. C'était le 5 juillet 1919, devant une assistance de plus de 15 000 spectateurs. Le roi d'Angleterre, la reine, la princesse Mary étaient là. Ce fut le match le plus dur de ma vie. Au début, j'attaquai résolument, menant à grande vitesse, mais j'étais dans un état de santé assez précaire et je m'épuisai rapidement. Je gagnai difficilement le premier set par 10 jeux à 8.
Au second, sans force et engourdie, je perdis par 4 jeux à 6. Secouée par un verre de Cognac que me fit boire mon père, je donnai un effort dans le troisième set, mais une nouvelle faiblesse survenait et mon adversaire, mise en confiance, menait un jeu très dur. Je marquai 4 à 1, puis nous nous retrouvâmes avec 4 partout. J'étais dans un état de torpeur lamentable, jouant machinalement. Mrs Lambert-Chambus gagnait le neuvième jeu, faisant 5 à 4. J'égalisai ensuite: 5 partout. Mon adversaire marquait 6 à 5, puis sur son service, 40 à 15. Elle n'avait plus qu'une balle à faire pour gagner la partie. Un silence angoissé plana sur cette foule lorsque le commandant Hylliard, arbitre, annonça 40 à 15. Je regardai mes parents. Mon père, seul, était debout dans la tribune et m'encourageait du geste. Je recourus à toute mon énergie et, dans un effort violent, je me repris. Toutes mes espérances allaient-elles sombrer dans cette balle qui représentait pour moi le couronnement de dix années d'efforts ? Mon adversaire servit. Je retournai la balle qui me revint au filet et que je terminai sur un smash : 30 à 40. Au service suivant, je renvoyai la balle sur la ligne de fond. Elle me revint à mi-court. Je la terminai obliquement. Ces deux points nous mettaient à égalité "deuce". Une immense clameur s'éleva : Go on, Kid , me criaient les Australiens massés sous le Scoring Board. Reprenant confiance, je repartis résolument à l'attaque et gagnai ce terrible jeu, faisant 6 partout. J'enlevai le suivant (7 à 6), puis nous eûmes 7 jeux A. Je pris mon service : j'eus 40 à 15, puis nous allions aux "avantages" ; mais je gagnai (8 jeux à 7). Sur le service de mon adversaire, je fonçai, désespérément vers le but et terminai sur un "game bove" qui me donna 9 jeux à 7, me faisant gagner le troisième set et le championnat, ce qui procurait à la France, pour la première fois, le trophée tant convoité. Je ne saurais oublier la façon dont le public sportif accueillit la victoire de la little french girl , comme il m'appelait. Aussitôt après la partie, des officiers australiens m'apportaient de petits drapeaux français. Tout le monde acclamait, hurlait, échangeait des impressions. Le grand critique anglais, Wallis Myers, écrivit: "Jamais on n'avait encore vu un match semblable; on n'en verra probablement jamais de pareil." Quant à moi, je me répétais sans cesse intérieurement :
"Champion d'Angleterre, tu es champion d'Angleterre."
Je n'osais pas y croire. Dans mes rêves, les plus audacieux, je ne pensais pas mériter un jour cet honneur. Ce fut ma plus grande victoire, ma plus grande émotion et ma plus grande fatigue : je me ressentis de mes efforts pendant près d'un an.

Suzanne Lenglen

En ce temps-là, Belle époque, années folles, les champions racontaient eux mêmes, et avec beaucoup de talent, leurs propres exploits. Jean Bouin, Lucien Petit-Breton3 avaient ouvert la voie. Les témoignages de Georges Carpentier et Suzanne Lenglen en prolongent le charme.

1926 - Suzanne Lenglen

Portant son célèbre bandeau, la plus grande joueuse de tennis de l'histoire ne perdit que deux sets dans sa fantastique carrière.

1 André Obey, L'Orgue du stade, Gallimard, 1924
2 champion aux J.O. de Paris en 1924
3 Lucien Petit-Breton, Comment devenir champion