J'ai connu un entraîneur merveilleux.
Il souriait toujours, ça c'est une qualité. Il tirait douze coups de coin consécutifs dans une corbeille placée sur le rond du penalty.Il prenait un joueur à part et lui enseignait durant une heure l'amorti de la pointe du pied, le tir lifté, une feinte inconnue. Il ferma un jour la porte des vestiaires à la mi-temps, donna des aspirines à ses joueurs en leur disant: " Je n'ai jamais fait ça de ma vie, mais aujourd'hui je suis obligé! " Les joueurs, se croyant dopés, pulvérisèrent l'adversaire en deuxième période de jeu. Il s'arrêtait en ville, rencontrant l'un de ses élèves, prenait un verre avec lui et lui parlait du match précédent, de celui qui allait suivre.
J'ai connu un entraîneur " décontracté ". L'équipe, un jour, devait affronter une formation hongroise de renommée mondiale.
Avant le match, l'entraîneur expliqua la " combine " en quelques mots: " On attaque à fond d'emblée, on marque deux buts et on se retire en défense pendant un quart d'heure. On les laisse venir, ils s'épuisent et on repart pour deux autres buts ! "
Les joueurs se regardaient, les yeux ronds. L'un pouffa de rire, mais l'entraîneur lui demanda: " tu as bien compris ? - Oui, Monsieur! " L'équipe marqua deux buts, se retira en défense, gagna par quatre à deux. Le succès fit sensation. Dans les vestiaires, après la rencontre, l'entraîneur dit: " Merci messieurs, vous avez très bien suivi les consignes! "
Fort curieusement, pour qui ne saurait pas les moeurs du football, mes entraîneurs merveilleux (décontracté et stupide) n'ont pas fait plus d'une saison dans le club. Mais ils y sont revenus quelques années plus tard à tour de rôle. Si bien qu'après tant de saisons, je me demande encore quelles qualités doit avoir un entraîneur pour demeurer dans un club de football.
Raymond Pittet
1890 - Petit format
A la Belle époque, les professions de maître d'armes, de maître nageur, de professeur de bicyclette étaient très répandues. La pratique sportive balbutiait, il fallait bien apprendre. C'était d'ailleurs la mode. N'est-ce pas mesdames ? N'est-ce pas messieurs les duellistes ?
1895 - Les hommes de coin
Le repos entre deux rounds de trois minutes, est très bref. Une poignée de secondes. Le temps dévolu aux hommes de coin pour remettre sur pied leur poulain, cruellement éprouvé par le monstre sanguinaire du coin opposé. Vite et bien, il s'agit donc d'arrêter l'hémorragie, de masser, d'aérer, de rafraîchir, de donner le bon conseil : "soigne ton gauche, ton jeu de jambes", et le moral : "rien n'est perdu, tu l'as touché"...
Estrade
. Ceinturée de tricolore, elle supporte une foule méridionale, donc multicolore. Le soleil fait son devoir en éclairant le tout violemment.
Le charpentier est là. Dans sa main créatrice, le marteau ; dans l'autre, un clou unique, mais considérable.
Le charpentier n'est pas rassuré, il s'agite : tant de foule sur " son " estrade ! Apprenti sorcier, il tente de retenir, mais en vain, le flot humain.
Mais voici le vainqueur ! Disparue toute inquiétude ! Le charpentier est tout ovation. La foule trépigne. Sous son enthousiasme, le plancher craque, cède, et ses lattes souples déposent doucement les spectateurs au sol dans un enchevêtrement patriotique enrubanné. Sans mal, d'ailleurs : l'estrade a 40 centimètres de haut.
Dans ce cataclysme, le charpentier triomphe : il l'avait bien dit.
Une fois pour toutes, et d'un ton indigné, il tente de faire comprendre aux organisateurs incompréhensifs, combien estrade et foule sont incompatibles. D'ailleurs, il n'en construira plus jamais !
Et, son mécontentement clamé, il part sans se retourner.
Raymond Gid
1890 - Les soigneurs
Quand les sels et serviettes ne servent plus à rien, les soigneurs évacuent aussi le pugiliste, mort ou blessé. En ce temps-là, les combats étaient aussi longs qu' impitoyables, et se terminaient rarement par des matches nuls. Les spectateurs-parieurs en avaient pour leur argent. Quant aux soigneurs, ils avaient vraiment fort à faire, pendant et après les combats...
1875 - Webb traverse la Manche
Déjà très difficile, la traversée de la Manche à la nage ne se réussira pas sans le soutien d'amis capables d'éclairer, réconforter, alimenter, désaltérer, réchauffer ou conseiller l'inconscient qui l'a entreprise.