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Sport & Littérature / Les oubliés
 

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Ils sont arbitres, guides, barreurs, caddies, chronométreurs, soigneurs, masseurs, docteurs, photographes, juges, contrôleurs, speakers, charpentiers, maîtres d'armes ou maîtres nageurs, jardiniers, mécanos, journalistes, ardoisiers, chauffeurs, metteurs au point, radios, ou ramasseurs de balles... ce sont les oubliés du sport.
Sans eux, qui mettent aussi de l'huile dans les rouages, le sport, à beaucoup près, ne serait pas ce qu'il est...
Anciens ou futurs champions, les ficelles, musclesou tactiques, n'ont jamais eu de secret pour ces ténébreux sifflés parfois, ignorés toujours. La petite histoire a retenu, puis oublié, le prénom de quelques-uns, les Toto, les Romain d'Issy-les-Moulineaux...
D'emblée, nous avons voulu leur rendre hommage...
Car si l'on se souvient du père Laruelle, d'Albert Londres, de Bernstein, de Francis Pélissier le sorcier de la route, de Dozol, de Kovacs, d'Hidalgo, de Caudrilliers, de Minville,de Georges Briquet, de Pellos, de Panosetti, l'homme aux mains d'or, de Georges Berretrot, de Spitzer du Métro, de Maigrot, de Poulenard, de Gibassier l'ami de Bouin, de Géo Lefèvre, de Vianey, de Terray, d'Octave Feuillet, d'Arpin, de Suzanne Berlioux, de Daniel Clément, de Kimpton, de Batteux, ou de Jules Védrines, nous n'oublions aucun des autres. Ils aimaient le sport passionnément. A en mourir ; pour certains.

En casquette ou chapeau, les journalistes, photographes, contrôleurs ou chargés de ravitaillement témoignent des temps héroïques du sport.
Les fragiles microphones et appareils photos reposent encore sur des pieds, les géants de la route ne sortent guère des chemins de traverse, et quand ils se désaltèrent c'est à la louche, comme de vulgaires pékins...

A l'arrivée, vingt-cinq gars éreintés et noirs de poussière tapent à la machine derrière les tribunes des stades et hurlent en même temps leurs articles en français, en italien, en flamand, dans vingt-cinq appareils différents, entourés par des petites standardistes régionales entièrement terrorisées. Après quoi, il faut faire le tour des hôtels où les coureurs sont déjà allongés sur la table de massage. On les interroge, on les encourage, on prend la température des équipes. Puis, on écrit encore. Enfin, on a peut-être le temps de prendre un bain, peut-être le temps de dîner, peut-être le temps de dormir un peu, mais ce n'est pas certain. Ce qui est sûr, c'est que le lendemain il faut tout recommencer.

Kléber Haedens

1935 - Romain Maes au micro

Avec la TSF est apparue au début des années 1920 une nouvelle sorte de journaliste. D'abord confinés au bord de la pelouse de Colombes, ou de la piste du Vel'd'Hiv, ces nouveaux journalistes dont Raymond Dehorter, "le parleur inconnu", est le maître, vont bientôt prendre la route.
Avec Jean Antoine, ils sont sur le Tour dès 1929. Et en 1935, les Dauven, Virot, Lévitan, Briquet sont donc bien rodés pour célèbrer les exploits de Romain Maes, un petit Belge, qui met un terme à une inoubliable série de succès français.

Les joueurs n'aiment pas le journaliste. D'abord, a-t-il touché une fois de sa vie un ballon, ce plumitif? Etait-il sur le terrain au moment du penalty ; s'est-il inquiété de connaître l'exacte raison des remplacements à la mi-temps? Pourquoi vient-il nous peloter aux vestiaires pour les interviews et nous matraquer ensuite dans son canard? Il a de la chance, le journaliste, que les footballeurs changent parfois de club et le retrouvent. Faute de quoi, on lui dirait ce que l'on pense. Le public n'aime pas le journaliste. Le journaliste écrit rarement ce que pense le public. Et le public, c'est le barman, le banquier, le dirigeant, l'entraîneur, le joueur, l'employé, un autre journaliste. Il se pourrait même que ce soit le journaliste lui-même, en contradiction flagrante avec ce qu'il écrivit voici quelques années. Inadmissible omnipotence, inadmissible prétention! Le bon journaliste devrait écrire ce que je pense, mais il n'en est pas de bons.
Ils regardent le match et prennent des notes. Les uns sur des petits bouts de papier carrés, les autres sur de grands blocs, couverts de signes mystérieux et d'écritures nerveuses. A la fin de la rencontre, les journalistes gueulent dans les téléphones, se rendent de petits services. Celui qui a fini le premier va chercher du thé ou de la bière. L'employé du stade, dans un lointain couloir, éteint la lumière des bancs de presse. Les journalistes ajoutent vite une ligne à propos de l'organisation déplorable du match.

Raymond Pittet