Promeneurs hors de la ville,
1979 / Jean Dubuffet
La minutie scrutatrice de Claude Simon s'exerce dès ses débuts sur le plus impénétrable et le plus expressif des objets : le visage humain. Mais l'écriture qui dévisage ne conduit ici à aucune psychologie, bien au contraire les visages simoniens semblent toujours les témoins de grandes forces qui les dépassent. Ils paraissent ainsi les exemplaires métonymiques d'une fatalité, d'un désir ou d'une appartenance qui font d'eux les passeurs entre les îles des consciences individuelles et les grands continents d'une conscience supérieure dont elles se seraient détachées. De Corinne à « toute femme » dans La Route des Flandres, ou de Blum à l'« intelligence atavique » des juifs, un changement d'échelle laisse parler un désir d'ampleur, « quelque chose de biblique », où l'individu se perd. Nombre de visages gardent les yeux ouverts sur un objet qui les rend silencieux, quelque chose d'insupportable dans la conscience qui ferait sa nature. L'écrivain qui ouvre les yeux entre dans un face-à-face de plus en plus dense où la nature de sa solitude s'impose à lui comme métonymie de la condition des hommes.