Fortuite, brutale, intense, la découverte des paysages inspire l'auteur de
L'Acacia dès ses commencements. Ici le temps qu'il fait, là les
feuilles d'un arbre, ailleurs l'enchevêtrement de quelque roncier, forment la trame
d'un paysage essentiel, végétation changeante au fil des saisons qui rappellent
les narrateurs à l'ordre d'un espace fondamental autant qu'indifférent aux
aléas de leur histoire. L'espace naturel offre donc le spectacle d'un rapport au
temps, celui des oiseaux, de l'herbe ou des forêts, d'une ambivalence simple : tout
comme l'esclave placé derrière le triomphateur romain, le paysage dit :
« Souviens-toi que tu es mortel » ; mais il ramène aussi à la jouissance d'un spectacle immédiatement là, jouissance agnostique et cependant fervente. En cela le paysage devient une espèce de référence, une propriété du regard simonien qui se porte sur toute chose comme sur un paysage et revient de tout paysage comme une sagesse. Ainsi des matières élémentaires aux senteurs latines exercent la perception simonienne dès lors attentive à tout ce qui compose plutôt qu'à ce qui est composé. De quoi tel mur est-il fait ? et telle maison ? et tel corps ? Tout ce qui avait sens comme assemblage semble désassemblé par la description pour être recomposé autrement. L'expérience devient alors pourvoyeuse de figures nouvelles, analogues à des paysages, intérieurs cette fois, agencés selon des propriétés naturelles de la langue. Images, expériences et figures : voilà l'écrivain devant sa table, son paysage, sa page sous les yeux.
« Les branches du platane atteignaient presque l'étroite fenêtre et,
la nuit, le réverbère projetait leurs ombres mouvantes, dessinait au plafond
un oscillant entrelacs d'épées, dont les figures se défaisaient, se
multipliaient et se reformaient sans trêve. Et chaque jour, à mesure que le
printemps approchait, Montès pouvait voir les jeunes pousses duveteuses se former
un peu plus, s'extraire de leur gangue de bois, fragiles, impétueuses, triomphantes. »
Le Vent, p. 53 / Arbre-texte

L'Acacia, page manuscrite