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« De tous mes romans, Le Planétarium est celui qui a obtenu le plus de succès. À la faveur d'un malentendu naturellement. On y trouve une intrigue, les personnages portent des noms et des prénoms. Le public n'a pas manqué de s'en réjouir. Il n'a pas vu le trompe-l'oeil, ou plutôt il a aimé ce qui n'était qu'un trompe-l'oeil. Il est tombé dans le piège que le livre lui tendait sans le vouloir. »
(N.S., Entretien avec Lucette Finas, article cité, 1979, p. 398).
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Premier des romans de Nathalie Sarraute à paraître sous la bannière du Nouveau
Roman, Le Planétarium marque la consécration de l'écrivain.
Pour ce troisième roman, Nathalie Sarraute reprend le titre du livre annoncé
« en préparation » dès 1939 et destiné alors à
un nouveau recueil de Tropismes. Titre tout aussi symbolique : dans cet univers de faux-
semblant, tout est tropismes, sans l'intervention d'un « je » semi-conscient.
Pour restituer les mouvements à leur affleurement, l'écrivain revient
aux « ils » ou « elles », ne se distancie plus des personnages,
se substitue à eux au point de ne pouvoir les nommer : « les noms ne peuvent être
employés par l'auteur s'adressant au lecteur, mais par les personnages entre eux », qui
se voient comme des « personnages », note-t-elle dans un plan de l'ouvrage.
L'un des thèmes du Planétarium, la « création à
l'état naissant », « l'effort créateur qui sans cesse s'ébauche,
tâtonne, cherche son objet, s'enlise, se dégrade », va devenir le sujet essentiel
de sa recherche. Il apparaît ici aussi bien chez une vieille femme maniaque obsédée
par la décoration de son appartement que chez le romancier en puissance que l'on devine chez son
neveu, face à la caricature de grand écrivain académique incarnée par Germaine
Lemaire.
N.S., Conférence prononcée à Milan en 1959, texte cité, p. 22-23
« Dans Le Planétarium, ces mouvements agitent tout le monde, tous les personnages sont agités de tropismes. Ils se meuvent à l'intérieur d'un univers factice, le planétarium, qui est un petit univers construit par eux à leur mesure, un univers de lieux communs, une imitation d'un univers vrai qui serait quelque part au dehors et c'est vers ces imitations de vrais astres qu'ils se tendent, c'est parmi eux qu'ils se sentent à l'abri et aussi, parfois, à l'étroit. »
Le Planétarium, p. 249
Le ciel tourne au-dessus de lui, les astres bougent, il voit se déplacer les planètes, un vertige, une angoisse, un sentiment de panique le prend, tout bascule d'un coup, se renverse... elle-même s'éloigne, elle disparaît de l'autre côté... Mais il ne veut pas la lâcher, il peut la suivre, les suivre là-bas, il vient... seulement qu'elle ne le repousse pas, qu'elle ne l'abandonne pas... il est avec eux, de leur côté... « Eh bien, figurez-vous, tout ce que vous me dites là, je l'ai un peu pensé aussi quand j'ai vu Lebat la dernière fois... Ça m'a même rendu un peu envieux... Je me suis senti coupable... Il donne une telle impression de force, de sérénité... Il y a chez lui, dans sa façon de tout survoler, une espèce de renoncement... très rare... Il a réussi... je dois vous avouer que c'est ce que j'envie le plus aux autres dans la vie... une ascèse. Il y a en lui de l'unité, une grande pureté, aucun mélange... Je pensais tout ça moi aussi, l'autre jour, en lui parlant, je me sentais indigne, j'ai failli, comme un gosse, lui dire que j'aimerais tellement le voir plus souvent, devenir son ami... »