avant-propos
Jamais le roman français na été aussi vivant.
Le souvenir des grands noms de lentre-deux-guerres et de limmédiat
après-guerre ne paralyse que les lecteurs dépourvus de
curiosité qui se servent de ces évocations nostalgiques
pour cacher leur ignorance et leur paresse.
Ce quon peut constater quand on prend la peine de sinformer
et quon se donne le plaisir de lire, cest quà
la suite de grands auteurs légitimement sacralisés qui
bénéficiaient de linjuste méconnaissance
de la littérature dautres pays, sont apparus à partir
des années 1950 des romanciers que lhistoire nobligeait
plus de la même façon. Les mouvements disparurent. Un ultime
groupe, « Le Nouveau Roman », réunit des auteurs
particulièrement remarquables mais dont les uvres sont
si diverses que leur labellisation apparaît aujourdhui artificielle.
Désormais, les romanciers sont seuls. Ils écrivent sans
chercher à se situer par rapport à ceux qui les ont précédés.
Cette individualisation génère une diversité qui,
libérée des références contraignantes, est
dune exceptionnelle richesse. Elle oblige en revanche le lecteur
privé du confort du « groupe » ou du « mouvement
» à aller à la découverte de chaque texte,
de chaque auteur. Il ne peut plus lire distraitement, rassuré
par le nom dun auteur consacré et confortable. Il ne peut
plus lire sans désir.
Oui, jamais le roman français na été aussi
vivant. Malgré la télévision qui dévore
la plus grande part du temps libre naguère donné à
la lecture, malgré linvasion du marché par des «
best-sellers » habilement fabriqués, malgré les
carences de la presse qui remplit de moins en moins sa mission dinformation,
des écrivains écrivent des romans, des éditeurs
convaincus les publient, des lecteurs attentifs, curieux, gourmands
les achètent et les lisent.
Pour rendre compte de cette diversité, de cette richesse, nous
avons demandé à MM. Michel Braudeau, Lakis Proguidis,
Jean-Pierre Salgas et Dominique Viart de proposer leur sélection
des romans dont ils jugent la présence indispensable dans une
bibliothèque et en particulier dans les médiathèques
de nos établissements culturels à létranger
et de nous donner les raisons de leur choix. Quils en soient remerciés.
Yves Mabin
Chef de la division de lécrit et des médiathèques