
«Au raturant de la plume et dun stylo» Le cliché le plus faux et le plus tenace au sujet de Prévert le présente écrivant comme il parlait, rédigeant ses textes au fil de la plume. Or, si sa conversation était des plus brillantes - «faite de saillies, de noires malices et dun jeu verbal enragé», disait Bataille - et sil y avait, bien sûr, des ressemblances entre ses manières de parler et décrire, il était dune grande exigence envers lui-même quand il écrivait. Le malentendu est sans doute venu de son habitude, quand il rencontrait quelquun qui lui était sympathique, de rédiger un court poème dont il faisait cadeau à lami rencontré. Mais quand il sagissait de publier un texte, il le travaillait, soucieux du mot juste, du rythme, de la structure de lensemble. De cette minutie témoignent les brouillons (à ne pas confondre avec les manuscrits au net recopiés pour limpression), et les dactylographies qui ne correspondent pas toujours à la version publiée. Il existe, par exemple, trois formes du fameux «Inventaire» : la première, dactylographie datée de 1938, est intitulée «Statistiques» et diffère beaucoup du texte définitif. Ces versions antérieures sont souvent dun grand intérêt : ainsi, celles de «Cur de docker», publié dans Histoires et dautres histoires, montrent, à travers trois rédactions successives (dont une manuscrite), une modification des niveaux de langage (on passe dun long texte qui utilise beaucoup largot et relève dun réalisme trivial à un langage simplement familier et enfin à une forme épurée, elliptique et concise). Quant aux dossiers pour les souvenirs denfance, ils comportent de nombreux plans, des brouillons abondamment raturés (le même paragraphe est réécrit jusquà six ou sept fois), de multiples notes. «Je nécris pas au courant de la plume des oiseaux, jécris au raturant de la plume dun stylo», a-t-il précisé dans «Les chiens ont soif» (Fatras). | ||||
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