
Toujours il / Pourquoi pas elle ?» «Dans le cinéma actuel, la misogynie domine. Moi, jaime les femmes et je les préfère aux hommes. Ça se voit dans mes films. Elles ont le beau rôle», disait Jacques Prévert en 1967 à Pierre Ajame. Il est vrai que les femmes quil imagine dans ses scénarios et dialogues sont libres, dune liberté étonnante à lépoque où sortent ces films : elles ont souvent eu des amants avant de rencontrer celui quelles aiment, osent manifester leur désir, ne veulent pas être mises en cage; elles sont fortes : elles sopposent à loppression familiale et sociale, se battent contre des hommes puissants, revendiquent leur droit au bonheur et à lamour. Dans ses livres, le poète défend aussi les femmes et regrette que la langue française privilégie le masculin au détriment du féminin. «Refrains enfantins» dit létonnement dun groupe de petites filles quand elles prennent conscience que le pronom neutre «il», censé nêtre ni masculin ni féminin, est calqué sur le pronom masculin de la troisième personne du singulier : «Il pleut /Il fait beau /Il fait du soleil /Il est tôt /Il se fait tard /[...] toujours Il /Pourquoi pas Elle» (Spectacle). Le «Musée de lHomme», cette «appellation misogyniquement contrôlée», fait rire le poète, qui ne voit pas pourquoi il nexiste pas un «Musée de la Femme» («Rouge»). Dans «La Femme acéphale» (Choses et autres), il sidentifie à la narratrice de ce long récit à la première personne. Celle-ci possède un esprit critique aiguisé, lutte pour sa liberté et pour son intégrité. Son énergie, alliée à beaucoup de savoir, déplaît : «[...] mon savoir fou était un savoir vrai, alors ils retrouvaient dans leur collection de citations misogynes une formule qui depuis longtemps avait fait ses preuves : »Sois belle et tais-toi !« Je souriais, jétais belle et jétais moi.» Le mépris à légard des femmes paraît dautant plus ridicule à Prévert que chacun, estime-t-il, porte en soi une part de masculin et de féminin. Il aimait à se dire «masculin féminin pluriel». | ||||
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