
«La poésie, cest ce quon rêve» «La poésie de Jacques Prévert est [...] poésie pour être un démenti vivant - et une dérision - de ce qui fige lesprit au seul nom de la poésie», écrivait Georges Bataille à la sortie de Paroles. Prévert prend en effet ses distances avec ce quon appelle traditionnellement «poésie» et quil renonce à définir, comme son ami Henri Michaux et, avant eux, Federico Garcia Lorca, dont il aimait à citer ces mots : «Laisse aux gens le métier dexpliquer la poésie. Ce qui est à nous, cest peut-être de la faire mais pas de lexpliquer.» Précisément parce que définir, cest figer, et que Prévert est pour la liberté, le mouvement. Aussi ses recueils mêlent-ils les genres : poèmes, dialogues ou pièces, récits en prose, scénarios, courts aphorismes... La définition, le savoir peuvent être une entrave aux émotions, au plaisir des sensations immédiates : «Nous vivons et nous nous aimons /Et nous ne savons pas ce que cest que la vie /Et nous ne savons pas ce que cest que le jour /Et nous ne savons pas ce que cest que lamour.» Il refusera également de définir lhumour - avec humour - quand on le lui demandera pour une enquête de La Nef, en 1950 : «Depuis trop longtemps on prenait trop souvent lhumour à la légère il sagit maintenant de le prendre à la lourde. Alors Messieurs définissez-le expliquez-le cataloguez-le contingentez-le prouvez-le par luf disséquez-le encensez-le recensez-le engagez-le rempilez-le encagez-le dans la marine encadrez-le hiérarchisez-le arraisonnez-le béatifiez-le polissez-le sans cesse et le repolissez.» Quand il accepte - ou fait semblant daccepter - de définir, cest pour dire lindéfinissable, linfini : «La poésie cest ce quon rêve, ce quon imagine, ce quon désire et ce qui arrive, souvent. La poésie est partout comme Dieu nest nulle part. La poésie, cest un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie» (Hebdromadaires). | ||||
|
|