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Jacques Prévert / Chansons
 

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Quand s’envolent les écrits

Dans «Drôle d’immeuble», texte signalé dès 1938 par Breton et Eluard dans leur Dictionnaire abrégé du surréalisme, un facteur affirme : «Les écrits s’envolent, les paroles restent.» Ce qui ne signifie nullement que les écrits sont inférieurs aux paroles car l’envol, pour Prévert, c’est à la fois le mouvement et la liberté. Par cette formule, répétée sous des formes diverses, il a voulu suggérer que les mots doivent sortir des livres et y retourner, demeurer en vie. Or les mots restent vivants s’ils continuent à être lus mais aussi s’ils sont chantés. Voilà pourquoi Prévert a accepté volontiers les nombreuses mises en musique de ses textes. Pourtant, si le tout premier poème connu de lui, Les animaux ont des ennuis, a été rédigé en 1928 pour être mis en musique par une amie d’enfance, Christiane Verger, il n’a écrit, selon son propre témoignage, que peu de chansons. Dans la plupart des cas, ce sont en effet les musiciens qui ont décidé de mettre ses textes en musique. Quand on pense aux chansons de Jacques Prévert, on lui associe automatiquement le nom de Joseph Kosma; mais il a inspiré bien d’autres compositeurs, comme Christiane Verger, déjà évoquée, Hanns Eisler (qui a travaillé avec Brecht), Louis Bessières, Wal-Berg, Georges Auric, Jo Warfield, Henri Crolla, Sebastian Maroto et, plus récemment, Manu Dibango ou Vanina Michel. Ces chansons ont eu, à toutes les époques, des interprètes talentueux et variés : Agnès Capri, Marianne Oswald, Germaine Montero, Fabien Loris, au début, puis Juliette Gréco, Yves Montand, les Frères Jacques, Mouloudji, Cora Vaucaire, Édith Piaf, Serge Reggiani, et actuellement Jean Guidoni, Catherine Ribeiro, le groupe «Rap de vivre», Djemel Charef, entre autres. Par cette diffusion orale et populaire, les écrits de Prévert ne cessent, à l’évidence, de prendre leur envol.