
Une variété originale
Nous devons à lefficace intervention de deux hommes le bonheur de lire
les livres de Prévert. Henri Michaux, dabord, qui la persuadé,
en 1939, de continuer à écrire. René Bertelé, ensuite,
qui obtint son accord, jusque-là refusé à plusieurs éditeurs,
pour rassembler ses textes et en faire un recueil. À trente-six ans, Bertelé
venait de fonder une petite maison dédition, Le Point du Jour. Il était
rédacteur en chef de la revue Confluences, où paraissent,
en mars 1945, cinq poèmes qui prendront place dans Paroles. Pour
ce recueil comme pour ceux qui suivront, Prévert discute avec Bertelé
de la manière de donner à lensemble une structure cohérente.
Dans sa première version, le livre est composé de textes écrits
de 1931 à 1944. Léditeur et lauteur décident de suivre
lordre chronologique mais sefforcent aussi détablir des liens thématiques
dun texte à lautre. Signalons que celui qui ouvre le recueil, «Tentative
de description dun dîner de têtes à Paris-France», fut
publié pour la première fois en 1931 par la revue Commerce
grâce au soutien de Saint-John Perse, qui limposa à Léon-Paul
Fargue, Valery Larbaud et Paul Valéry. Le livre se clôt par deux
hommages à Pablo Picasso : «Promenade de Picasso» et «Lanterne
magique de Picasso», qui révèlent à quel point Prévert
se sent proche du peintre rencontré à lépoque surréaliste.
Cette première édition comporte quatre-vingts textes. Lédition
définitive paraîtra en 1947, augmentée de seize textes, dont
les sarcastiques «Souvenirs de famille» publiés en 1930 dans
la revue Bifur, désormais le plus ancien texte du recueil. Inséré
après «La Belle Saison» et «Alicante», il fait contraste
avec ces poèmes courts et sobres, par sa longueur (dix-sept pages de lédition
de 1947) et son style proliférant. Mais on retrouve cette variété
de longueurs et de styles dans les livres qui suivront : elle est volontaire et
même recherchée, et constitue lune des originalités de lauteur.
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