Fiction France

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La photographie en France 1970-1995  
 

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La photographie comme science humaine

e l'archéologie la photographie peut garder les qualités de carroyage d'un espace ou la capacité à démêler les différentes couches d'un texte multiple constitué en palimpseste. Implicites ou explicites, les références à l'archéologie comme méthode sont nombreuses. De Didier Vivien qui exerce cette méthodologie sur cette civilisation en voie de disparition - la mine dans les pays du Nord - jusqu'à Thierry Urbain qui en recrée en chambre les sites imaginaires. Chez ce dernier le sable comme terrain d'exploration fournit l'espace sans dimension où la photographie va pouvoir organiser les expéditions visuelles vers un lointain mythique. Le travail d'éclairage de ces architectures visuelles érige le trompe-l'oeil en art de la scrutation pseudo historique.

L'histoire elle-même servira d'exutoire à l'imagination de créateurs comme Paul Pouvreau pour mettre en scène ses batailles de figurines échappées de Paolo Uccello. Hélène Hourmat reparcourt un passé plus récent, celui des conquêtes coloniales, où elle cherche à retrouver la place de la femme dans ces sociétés orientalistes. Cette quête identitaire recherche dans les clichés colonialistes les attitudes corporelles d'une autre histoire de ces civilisations, celle des femmes.

Sinon l'histoire sous sa forme moderne mêlée de sociologie se décline selon l'attitude des nouveaux documentaristes qui tentent de renouveler le reportage. Les fondateurs de Métis en sont la parfaite illustration, de Michel Séméniako et sa double pratique du graphisme luminescent et de la prise de vue négociée à des attitudes plus concernées quand un Luc Choquer mène un travail équivalent à celui initié par l'école anglaise autour de Martin Parr.

Plus proche d'une sociologie en acte, Christian Milovanoff, depuis sa participation à la mission de la DATAR autour des paysages de bureau, a commencé à narrer le roman de la marchandise. Son travail de fond sur les grandes surfaces a trouvé avec son exposition Le Jardin 1948-1968 au musée de Saint-Étienne l'équilibre entre la fiction d'un jardin d'enfance enfoui sous les profits immobiliers de la grande distribution et une critique sociale en images et en texte.

Une attitude assez semblable sur le terrain de la communication a permis à une génération de jeunes artistes de se « réapproprier » les méthodes et les supports publicitaires en un art socio-critique. Abandonnant une signature traditionnelle d'auteur ils ont souvent choisi de s'associer à deux ou à trois autour d'un sigle comme BP pour ceux qui travaillent autour de l'imaginaire du pétrole, de ses dérivés et de l'automobile ou IFP (Information Fiction et Publicité) pour ceux qui utilisent et détournent les méthodes et les processus de la communication.

D'autres enfin ont emprunté à la psychanalyse et aux autres sciences humaines dérivées de la psychologie leurs procédures pour développer des fictions en recherche d'une identité, d'une marginalité. Plus généralement à l'intérieur du déroulement original de leur oeuvre beaucoup d'artistes contemporains soucieux d'appliquer des conditions strictes de manifestation de l'Autre ont initié une sorte de science singulière dont l'herméneutique devrait se définir au croisement de l'art et de plusieurs sciences humaines. La totalité de la recherche de Paul-Armand Gette sur la lisière peut apparaître comme une botanique du désir, comme une linguistique des espaces frontières, comme une psychanalyse du paysage. Ces pratiques répondent certainement à la prospective énoncée par Bernard Lamarche Vadel dans Lignes de mire : « Ne resteront en réalité, au-delà des images, que d'authentiques problématiques de vision, ce par quoi voir n'est pas reconnaître, mais le difficile apprentissage de seuils inédits de la perception du monde . »