
Au moment des avant-gardes la France reste le point de rencontres de toutes les émigrations, de toutes les diasporas, de tous ces étrangers qui vont dynamiser la création française. Dans la période de la modernité (jusqu'aux années soixante) il importe, face à l'influence américaine, de clarifier la situation qui ne se résume pas à la seule hégémonie des pratiques humanistes. Pour les vingt-cinq dernières années la complexité de la situation manifeste surtout un retour massif de la prédominance européenne face à la scène américaine en stagnation sinon en déclin. Dans cette situation, démêler l'apport de la France doit permettre de comprendre les enjeux de la photographie au sein des autres arts de la représentation, au moment où après avoir été leur élément perturbateur et fédérateur, elle se trouve à son tour obligée de redéfinir ses territoires face aux nouvelles technologies.
Le champ photographique s'est affirmé dans tous les domaines comme un espace pivot, comme un lieu de passage obligatoire où une certaine légitimité qui s'inscrivait dans les actions, dans les expositions, dans les institutions nouvellement créées resurgissait en retour sur ceux qui ne pouvaient éviter de s'y retrouver. La photographie apparaît très vite comme un lieu panoptique d'où observer l'ensemble du territoire artistique, lieu de conversion des peintres en rupture d'aventure picturale, des sculpteurs en recherche d'autres dispositifs. Elle est aussi le lieu d'accueil d'autres disciplines auxquelles elle s'associe comme observateur, critique ou fasciné, comme partenaire de pratiques mixtes ou multimédia. Dans le domaine de la pensée elle va apporter des objets d'étude, des champs exploratoires mais aussi des modèles mentaux.
Ceux-ci sont dérivés de la communication, s'attachent à une spécificité de l'acte photographique comme saisie transformatrice du réel ou travaillent dans des proximités à la littérature et aux sciences humaines. Parallèlement le discours critique tente de cerner son objet, sa méthodologie, son herméneutique et de s'adapter à la rapide évolution des oeuvres.
Comme dans tous ces mouvements que suscite le médium la légitimité se trouvera soit dans un essai de recentrement sur une spécificité en action, soit dans une instance artistique ou intellectuelle extérieure dont la photographie renouvellerait la problématique, les approches, les productions. Les deux modèles en étant le musée et l'université.
À partir de cette double référence il est curieux de voir l'obstination de tentatives réitérées de définition ontologique de La Photographie quand les études les plus pertinentes de toutes natures discernent des pratiques photographiques multiples. Cette cohérence recherchée trouve un point d'aboutissement en l'année 1989 qui marque le cent cinquantième anniversaire de l'invention officielle de la photographie, ou plutôt de sa divulgation depuis la France vers le monde entier.
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*Né en mars 1950 à Paris, vit à Arles et à Paris. Photographe, enseignant à L'École nationale de la photographie d'Arles. Membre de l'Association internationale des critiques d'Art. Directeur des stages des Rencontres internationales de la photographie. Conseiller artistique des associations Photolangages et Photographie contemporaine en Bretagne.
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