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La France et l'Olympisme

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Vous avez dits paralympiques?

Oui, parfaitement, paralympiques! Des Jeux olympiques pour les handicapés physiques existent en eVet oYciellement depuis 1960. Cette année-là, quinze nations envoyèrent à Rome trois cents athlètes courir, sauter, et lancer comme Harmin Hary, Wilma Rudolph ou Michel Jazy. Les Français étaient trente, et ils tirèrent déjà leur épingle d’un jeu qui avait en fait commencé en 1952, du côté de Stoke Mandeville, en Angleterre. Là, un neurologue, le professeur Guttman, s’était rendu compte que, complément idéal de rééducation, le sport pouvait aussi en être un prolongement. Les premières compétitions naquirent ainsi, et touchèrent aussitôt la France.

Dès 1954, Philippe Berthe y créait une Amicale sportive des mutilés de France. On était sur les rails, et l’année suivante la France put ainsi aligner des athlètes aux Jeux des handicapés de Stoke Mandeville. Si Rome fut le grand tournant, le premier rendez-vous mondial, il ne fut pas sans lendemain. En 1964, toujours après les Jeux «classiques», Tokyo accueillit la iiè Olympiade des handicapés physiques. Celle-ci attira tout de même vingt-deux nations et quatre cents participants, dont vingt Français, tout jeunes adhérents de la récente Fédération française de sports pour handicapés physiques (Ffshp). Le courant ne fera que s’amplifier, et bien que l’organisation dût prendre quelque distance avec les très problématiques Jeux en altitude de Mexico, les iiiè Jeux de Tel-Aviv furent un nouveau succès: vingt-neuf nations, huit cents participants, dont cinquante-cinq Français. En 1972, l’hébergement sera plus facile dans la ville universitaire d’Heidelberg qu’à Munich.

Il faut dire que ces Jeux à nouveau organisés dans une Europe extrêmement motivée par le handisport, verront aZuer pas moins de mille athlètes représentant quarante-deux pays. Tous les records sont donc battus, y compris par l’équipe de France, qui dépêche soixante-dix athlètes outre-Rhin. Une belle délégation, dont le bon comportement ne sera pas étranger à l’admission de la Ffshp au sein du Comité olympique et sportif français. Une splendide reconnaissance après presque vingt ans d’efforts, de sacrifices, de combats. Un engagement qui se déploiera dès l’année suivante dans une nouvelle direction audacieuse: les sports d’hiver, avec, à la clé, les premiers championnats du monde de ski alpin et nordique au Grand-Bornand. Une première mondiale qui ouvrira la voie à la ière Olympiade d’hiver, organisée par la Suède en 1976. Avec vingt nations, cinq cents participants, dont vingt Français, d’emblée, c’est un succès. Mais le grand événement cette année-là, ce sont les Canadiens qui le créent à l’olympiade de Toronto: soixante-quinze nations invitées y  dépêchent mille sept cents participants aveugles, amputés ou en fauteuil roulant. Parmi eux, soixante Français, dont dix femmes, concourent dans huit sports.

La progression ne se démentira plus, et quand, cinq olympiades plus tard, en 1996, les Paralympiques feront escale à Atlanta, les chiVres auront proportionnellement bondi encore plus fort qu’avec les Jeux classiques. Désormais, ce sont en eVet cent dix pays et quatre mille athlètes qui concourent dans seize disciplines (de l’athlétisme à la voile, en passant par le basket, le cyclisme, l’haltérophilie ou le judo). Sans oublier la natation, où la Française Béatrice Hess se transforme en locomotive d’or des bassins, avec six médailles d’or à la clé: un exploit retentissant et qui touchera le grand public, au même titre que la victoire de son compatriote Claude Issorat, dans le 1500m en fauteuil. Un début de reconnaissance que Jacques Chirac, le président de la République, amplifiera de son côté, en rassemblant à l’Élysée, dans la même promotion symbolique, les dix-neuf champions olympiques valides d’Atlanta autour de Béatrice Hess et de Claude Issorat. Un nouvel élan pour le monde du handisport français, qui, malgré ses quatre-vingt-dix-huit médailles olympiques d’Atlanta, assorties d’une fabuleuse cinquième place mondiale, n’a pas encore tous les soutiens qu’il mérite. Le budget des Australiens et des Britanniques reste deux fois plus important que le nôtre. En résultat: à Sydney, la bonne volonté de nos athlètes et dirigeants n’a été récompensée que par quatre-vingt-une médailles, et un recul à la septième place du concert mondial.

Un léger repli, qui a valeur de signal d’alarme. L’écart se creuse, en effet, avec l’Australie (149 médailles), la Grande-Bretagne (131) et l’Espagne (107), où, comme le souligne le président André Auberger: «Les handicapés peuvent se déplacer et faire du sport sans avoir des montagnes à surmonter. Dans ces pays, le handisport est un sport comme les autres, et comme le sport reste la meilleure forme d’intégration, il nous faut mettre les bouchées doubles.» L’exemplaire Béatrice Hess avait anticipé les souhaits de son président, puisque, à Sydney, après avoir travaillé très dur, elle a fait mieux qu’à Atlanta: sept médailles d’or au lieu de six. «Pour prouver que ce n’était pas impossible», tranche-t-elle, avant d’annoncer que maintenant, devoir accompli pour la cause, elle va pouvoir s’occuper de sa famille, de ses deux enfants. Également exemplaire, le néo-Calédonien Thierry Cibone (27 ans) a réussi à décrocher trois titres à sa première participation, ceux du poids (record du monde: 12,27m), du javelot et du disque. Le fait paralympique poursuit sa marche en avant, et c’est bien ce qui importe. Il faudrait, pour conclure, retenir le fantastique exploit de l’Américaine Marla Runyan. Cette coureuse de 1500 m non voyante a réussi à se qualifier pour les Jeux de Sydney, à les disputer, et à se classer troisième de la finale. Une première mondiale, qui va au-delà de bien des premières et qui représente un immense espoir pour le handisport tout entier. Lumineuse démonstration du bien-fondé de la philosophie du président Auberger: «Le sport reste la meilleure forme d’intégration.»

 

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