Les Olympiades de l'or blanc: de Grenoble à Albertville (1968-1992)
Quarante-quatre ans séparent l’olympiade parisienne des Jeux d’hiver de Grenoble. Pendant cet intervalle, l’olympisme a continué sa marche vers l’universalité, en se déplaçant vers d’autres continents, en Amérique, en Asie et en Océanie, marche renforcée par les bouleversements géopolitiques de la décolonisation, qui font entrer les pays du Sud dans la compétition olympique.
Les confrontations entre les blocs politiques et sportifs suscitées par la première participation de l’Urss à une olympiade, en 1952 à Helsinki, ont encore renforcé la signification des compétitions internationales : les concours sportifs sont une part importante, parce que mêlant le réel et le symbole, des affrontements de la guerre froide.
Le sport a connu aussi une profonde évolution en France. Bien qu’animés d’intentions radicalement opposées, le Front populaire (de 1936 à 1938) puis le régime de Vichy (entre 1940 et 1944) ont mis sur pied d’ambitieuses politiques d’éducation physique et sportive destinées à la jeunesse française. Il s’agissait pour Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Loisirs et aux Sports du gouvernement Blum, d’ouvrir les horizons culturels des classes populaires en permettant aux jeunes d’accéder à l’autonomie et à l’épanouissement par la pratique du sport ou les excursions dans les auberges de jeunesse. Le dessein de Jean Borotra, commissaire général à l’Éducation physique et aux Sports du gouvernement de Vichy entre 1940 et 1942, était tout autre : il voulait développer le sport pour former une jeunesse saine, renouvelée et «moralisée », et façonner des hommes de caractère et d’action. Quoi qu’il en soit, ces deux politiques antinomiques du point de vue idéologique ont entraîné un développement de la pratique sportive de masse en France. Un peu plus tard, les bons résultats des athlètes français aux Jeux olympiques de Londres, en 1948, ainsi que les exploits du boxeur Marcel Cerdan outre-Atlantique ont fourni l’occasion, dans les difficiles années de la reconstruction, de montrer la vitalité, au moins sportive, de la nation après la catastrophe de 1940. Toutefois, la iv. République, ébranlée par les guerres coloniales et les multiples défis du relèvement économique, accorde peu d’importance au sport. Cette situation change radicalement avec le retour au pouvoir du général de Gaulle, en 1958. Une vraie politique sportive est mise en oeuvre, et les Jeux olympiques de Grenoble s’inscrivent dans ce projet gaullien.